L’alimentation sucrée de l’abeille

Publié le 24/04/2024

Qualité des produits

Panorama des connaissances sur le sujet

Le recours aux nourrissements sucrés présente de nombreux avantages. Fréquent parmi les apiculteurs, il recouvre toutefois des pratiques hétérogènes, dépendantes d’une multiplicité de facteurs. De quoi fournir à l’ITSAP-Institut de l’abeille un beau sujet d’étude, mené en collaboration avec ApiNutri Recherche dont le premier volet présente la méthode de recherche bibliographique employée et le corpus pris en compte sur ce thème. Il ouvre une série de 3 articles, les 2 prochains donnant des éléments de réponses aux principales interrogations des apiculteurs.rices concernant l’influence des sucres sur les abeilles et les produits de la ruche.

L’usage de nourrissements sucrés pour stimuler la ponte de la reine au printemps, produire des essaims, compenser une disette estivale ou pour aider les colonies à subvenir à leurs besoins avant ou pendant l’hiver, est une pratique largement répandue dans le monde apicole. La quantité de nourrissement donnée par colonie tend d’ailleurs à augmenter ces dernières années comme l’illustre les résultats du réseau d’exploitations de référence coordonné par l’ITSAP-Institut de l’abeille.

D’importantes divergences de pratiques et d’aliments sucrés utilisés sont cependant observées en fonction des apiculteurs, mais aussi de la région et des espèces florales disponibles autour des ruchers, des saisons, des températures et des années.

Quels articles et documents sélectionnés?

Ont été retenu pour l’étude des articles scientifiques qui correspondent à des publications, souvent écrites en anglais, acceptées par des revues internationales après une évaluation par les pairs, c’est-à-dire des scientifiques bénévoles qui relisent, proposent des modifications et jugent de l’intérêt de ces travaux pour améliorer les connaissances.

Afin de constituer cette base de références bibliographiques, des recherches par mots clés d’intérêts ont été effectuées sur différents moteurs de recherche : Google, Google scholar, les archives ouvertes Hal, Elsevier, Science direct, Plos One, base de recherche INRAE, etc.

Les mots clés recherchés ont porté dans un premier temps sur les ressources alimentaires sucrées d’appoint au sens large (sucre, nourrissement, sirop, miel, compléments alimentaires, sucre candi).

Puis, les recherches ont été approfondies par l’ajout de mots clés en lien avec « l’adultération des miels », (ce terme dans les publications désigne la présence de sucres exogènes dans le miel que la cause soit un acte volontaire ou pas) ou les paramètres de santé de l’abeille en fonction de son alimentation (le développement printanier, la survie hivernale, l’activité de butinage, les effets de Nosema et/ou Varroa, ou ceux de l'hydroxyméthylfurfural (HMF), ce composé organique issu de la déshydratation de certains sucres). D’autres articles traitant de sujets liés au nourrissement de façon plus indirecte, comme les méthodes d’analyse des miels/sirops ou les aspects économiques ont également été retenus et classés dans la catégorie « autres » (Figure 1).

Figure 1 : Représentation des principaux mots clés retrouvés dans les documents techniques ou scientifiques référencés dans la base de données[1].

Les références rassemblées prenaient la forme d’articles scientifiques, de documents techniques apicoles (articles de revues apicoles, fiches techniques, comptes-rendus d’expérimentations qui n’ont pas été évalués par des pairs), de travaux universitaires (master ou thèse), ou encore de livres, également classés dans la catégorie des documents scientifiques.

408 documents dignes d’intérêt

Environ 660 références ont été lues, mais 408 seulement ont été conservées dans notre base de données. Ainsi, 252 articles ont été écartés du corpus étudié car ils ne comportaient pas les éléments de réponses aux questions nous intéressant: « quels types et quelles compositions de sirops sont préférés par les abeilles ? »,

« sont-ce les meilleurs pour leur santé ? », « existe-t-il un réel risque d’adultération des miels lorsqu’on nourrit les colonies avant une miellée ? ». L’exhaustivité n’est pas un objectif atteignable dans une telle approche. Nous avons estimé que l’emploi des principaux moteurs de recherche de bibliographie scientifique nous permettait d’identifier les travaux les plus marquants sur le sujet.

Quant aux documents techniques, ils sont rarement référencés dans les moteurs de recherche. Ainsi notre étude comporte les limites inhérentes à un travail dans un fonds documentaire, en l’occurrence celui de l’unité Abeilles et Environnement de INRAE (Avignon), reconnu comme l’un des plus importants sur l’apidologie en Europe.

Comme le montre la Figure 1, la majorité des références obtenues concerne l’effet des nourrissements sucrés, quels qu’ils soient, sur divers paramètres de santé de l’abeille ou sur les risques d’adultération des miels, ainsi que les méthodes d’analyse utilisées pour détecter ces potentielles modifications.

À titre d’exemple, les références comptabilisées dans la catégorie « miel » peuvent concerner des études bien différentes portant notamment sur le nourrissement de colonies avec du miel, les réserves en miel d’une colonie, un miel obtenu après une récolte naturelle par les abeilles et/ou un nourrissement par l’homme, un miel du commerce ou encore, la validation d’une méthode d’analyse des paramètres physico-chimiques du miel, etc.

La catégorie des compléments alimentaires regroupe tous les éléments pouvant être ajoutés au nourrissement sucré des abeilles tels que les minéraux, les vitamines, les acides aminés, les extraits de plantes, les huiles essentielles, les algues, les probiotiques, etc. Il faut souligner que le sucre candi a fait l'objet de beaucoup moins de travaux que le sirop de sucre en tant que produit de nourrissement. De même, cette base de références bibliographiques compte très peu d'études portant sur des données économiques liées à cette alimentation.

Un thème privilégié de la recherche et du développement

En analysant l’année de publication de l’ensemble des références (Figure 2), nous avons réalisé que le premier article recensé remonte à 1924. Il s’agit d’une thèse sur l’évaluation de la consommation en eau et sirop de sucre pour la stimulation des colonies au printemps. Les recherches sur les effets du nourrissement sucré sur la santé des abeilles ne deviennent plus courantes qu’à partir des années 70-80, avec un nombre de productions restant toutefois très bas. Le corpus s'est enrichit significativement à partir du début des années 2000. Dans les 13 dernières années, il a été publié 3 fois plus de références que lors des 85 années précédentes.

Les publications sur l'adultération des produits de la ruche sont anecdotiques avant les années 2000 à partir desquelles nous constatons une augmentation du nombre de références. Lorsque nous observons la courbe bleu représentant l’ensemble des articles de l’étude, nous remarquons que, lors de la dernière décennie, une proportion des articles concernant le sucre cible d’autres sujets que les effets du nourrissement sur la santé des abeilles ou l'adultération. Ils traitent principalement des aspects économiques liés au nourrissement sucré, des qualités physico-chimiques du miel ou de celles de la gelée royale en fonction du type d'alimentation consommé par les larves ou les abeilles.

Figure 2 : Répartition des documents référencés (articles scientifiques et documents techniques) en fonction de leurs années de publication.

Ce premier travail de recensement des productions techniques et scientifiques sur l’alimentation sucrée a ainsi permis de réunir près de 339 articles scientifiques et 69 documents techniques. Cette base de données a constitué notre terrain d’investigation pour tenter de répondre aux interrogations des apiculteur.rices, mais aussi pour identifier les lacunes de connaissances et les axes d’étude qu’il serait ainsi pertinent d’approfondir, objets des 2 prochains articles de cette série.

Note

[1] Une même référence peut être comptabilisée dans plusieurs catégories en fonction des sujets qu’elle traite.

Auteurs.rices  : 

Garance Di Pasquale (ApiNutri Recherche),

Cécile Ferrus, Axel Decourtye (ITSAP-Institut de l’abeille)

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