Transport et réintroduction des reines : quels optimums ?

Publié le 27/01/2015

Elevage et sélection

Les pratiques d’élevages sont très diversifiées et souvent susceptibles d’impacter la qualité des reines produites, mais il existe assez peu de données objectives pour aider les apiculteurs dans leurs choix techniques.

Pour certaines pratiques, on peut toutefois se référer à des publications, parfois datées, qui les ont étudié finement. Cet article fait un point sur les connaissances concernant deux aspects souvent cités dans les études : l’âge de la reine lors de sa réintroduction et les conditions de son transport.

L’importance de l’âge de la reine lors de sa réintroduction en ruche

L’étude qui fait référence sur le sujet a été publiée par John W. Rhodes et ses collègues australiens en 2004 dans Apidologie[1]. Trois années consécutives d’études, de 1999 à 2001, leur ont permis de suivre la qualité de plus 300 reines produites selon différentes modalités.

Les reines suivies ont toutes été produites par un même éleveur, à partir d’une à deux souches italiennes sœurs. Elles étaient retirées de leurs nucléis de fécondation à différents âges, allant de sept à 35 jours. Pour chaque modalité, 20 reines ont été utilisées. Ces reines ont ensuite été évaluées sur deux ruchers de production, éloignés géographiquement et présentant un environnement différent. L’introduction a été réalisée selon les différentes procédures habituelles des ruchers (cages de type Benton ou Miller, avec ou sans les accompagnatrices) après 36 à 48h de transport. La présence des reines a été vérifiée 14 jours puis 15 semaines après leur introduction, ce qui permit d’estimer leur taux de survie à l’introduction (Introduction Survival Success = ISS) et le taux de survie précoce (Early Survival Success = ESS).

Comme l’illustre la figure, il en ressort que les chances de réussite à l’introduction sont faibles avec des reines âgées de sept jours, et augmentent avec l’âge et pour se stabiliser vers 24 jours. Le taux de survie précoce atteint son maximum pour des reines d’environ 28 jours d’âge lors de leur introduction. Sur les données de cette étude, le taux de survie 15 semaines après introduction est ainsi supérieur de 31 % pour des reines introduites à 28 jours, comparativement à des reines introduites à sept jours.

Les auteurs précisent que les paramètres observés dépendent également d’autres facteurs (météo, disponibilité en ressources, conditions générale de la ruche…). L’intérêt de cette étude est de pouvoir tirer des conclusions solides sur l’impact de l’âge des reines lors de leur introduction, grâce à un plan expérimental bien conçu et de nombreuses répétitions pour chaque modalité.

Courbes ajustées du taux de survie à l’introduction (ISS) et du taux de survie précoce (ESS) pour chaque année (1999, 2000, 2001) – tiré de Rhodes et al. 2004

Et le transport ?

Toujours dans l’optique de mieux connaître l’impact des pratiques des éleveurs sur la qualité des reines, Giuanluigi Bigio et ses collaborateurs de l’Université du Sussex du Royaume-Uni se sont intéressés à l’impact de méthodes de transports des reines[2]. Ils ont ainsi comparé 12 combinaisons en faisant varier trois modalités (boite en bois ou en plastique, présence ou non de 5 accompagnatrices, nourrissement avec candi, miel ou les deux). 10 reines étaient ainsi évaluées pour chaque modalité.

Comme pour l’étude précédente, toutes les reines ont été produites selon les pratiques habituelles, à partir de six éleveuses, puis réparties aléatoirement entre les différentes modalités. Leur survie était observée en cage durant sept jours.

Les résultats de l’équipe de recherche permettent de mettre en évidence l’importance de la présence d’accompagnatrices pour améliorer la durée de vie en cagette de la reine, avec en moyenne 53 % de survie à sept jours avec des accompagnatrices, contre 18 % sans.

En revanche, cette expérimentation ne permet pas de tirer de conclusions significatives sur le type de cage et le nourrissement.

Pour la meilleure configuration (reines avec accompagnatrices dans des cages en bois nourries avec du candi et du miel), un deuxième lot a été testé pour vérifier le taux de survie des reines durant sept jours en cage (=100 %) et réaliser un contrôle d’acceptation 24 heures après leur introduction dans un nucléi orphelin. Il s’avère que 80 % des reines ainsi maintenues ont été acceptées avec succès.

Ce travail reste cependant assez éloigné des conditions de transport classiques et ne fait pas le lien avec la qualité ultérieure des reines ainsi traitées. Il permet néanmoins de mettre en évidence l’importance des accompagnatrices dans les cages de transport pour la survie des reines.

Bibliographie

[1] Rhodes, Douglas C. Somerville and Steven Harden. 2004. Queen honey bee introduction and early survival – effects of queen age at introduction. John W. Apidologie 35 (4) 383-388

[2] Bigio G, Grüter C, Ratnieks FLW. 2012. Comparing Alternative Methods for Holding Virgin Honey Bee Queens for One Week in Mailing Cages before Mating. PLoS ONE 7(11 null

Auteur : 

Benjamin Basso

s'inscrire à la newsletter

Vous y retrouverez les actualités de nos dernières recherches, événements, publications, infos clés à savoir en tant qu'apiculteur.