Renouvellement des colonies 
et des reines : pratiques 
des apiculteurs français

Publié le 19/01/2018

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Technico-économie

Elevage et sélection

Merci à tous les apiculteurs et apicultrices ayant pris le temps de répondre à cette enquête, qui ont rendu possible cette étude. Ce questionnaire, accessible en ligne entre le 30 novembre 2016 et le 20 février 2017, a par ailleurs été relayé par un nombre important d’organisations apicoles et agricoles que nous tenons à remercier également.

Création d’essaims, de paquets d’abeilles, élevage, remplacement des reines… dans la gestion d’un cheptel apicole, de nombreux éléments sont liés au renouvellement des colonies, ou des reines au sein de ces colonies. Les choix possibles des techniques utilisées et de leurs modalités de mise en œuvre sont nombreux, et doivent être adaptés aux contraintes et au contexte de chaque exploitation. Dans le cadre du projet Durapi, une étude portant sur les stratégies de gestion du renouvellement du cheptel est réalisée par l’ITSAP-Institut de l’abeille, en partenariat avec plusieurs ADA , le GPGR , l’INRA et l’IDELE . Cette étude, débutée en 2016 et qui se poursuit en 2017, vise en premier lieu à identifier les modalités de gestion du renouvellement mises en œuvre par les apiculteurs français, afin de pouvoir dans un deuxième temps évaluer leurs conséquences possibles sur la durabilité des exploitations (dans le cas d’exploitations apicoles professionnelles).

En 2016 ont eu lieu deux enquêtes en parallèle : l’une via des entretiens auprès d’apiculteurs professionnels, visant à caractériser les stratégies de renouvellement mises en place et les raisons des choix réalisés par les apiculteurs, la seconde via un questionnaire en ligne portant sur les grandes lignes de la gestion du renouvellement. L’objectif de ce questionnaire était de pouvoir collecter pour un plus grand nombre d’apiculteurs certains éléments principaux de leur gestion, pour mieux connaître les techniques mises en œuvre par des apiculteurs au nombre de ruches et aux productions (miel, gelée royale…) variables et situés dans différentes régions de France. Cet article présente les principaux résultats de ce questionnaire en ligne, qui auront par la suite vocation à être mis en lien avec les résultats de l’enquête présentielle.

Cet article présente les résultats principaux, notamment liés à la réalisation d’un élevage de reines, ainsi que les principales conclusions de cette enquête

La réalisation d’essaims sur cadre, principale technique 
de renouvellement des colonies

Dans l’ensemble, c’est donc la réalisation d’essaims sur cadres qui est la technique la plus utilisée pour assurer le renouvellement ou l’accroissement du nombre de colonies sur l’exploitation (figure 1). La majorité des apiculteurs ayant répondu introduisent alors une cellule royale (dans le cas des essaims) ou une reine fécondée (dans le cas des paquets d’abeilles). Des différences sont principalement observées pour la gestion des reines, en lien avec le nombre de colonies gérées : au-dessus de 70 ruches, la plupart des apiculteurs utilisent plusieurs techniques en parallèle (ex. introduction de cellules royales dans une partie des essaims, de reines vierges dans une autre) et les reines introduites sont majoritairement élevées sur l’exploitation, tandis que les apiculteurs gérant moins de 70 ruches n’utilisent principalement qu’une technique et sont plus nombreux à avoir recours à un achat de reines. Des reines inséminées sont rarement introduites en dessous de 150 ruches gérées, et elles sont toujours issues d’un achat le cas échéant.

Au-delà d’assurer le maintien ou l’augmentation du nombre de colonies, ces créations ou achat d’essaims et de paquets d’abeilles participent donc également au renouvellement des reines du cheptel. Cependant, la question du renouvellement des reines dans le cheptel apicole n’est pas liée qu’à la création de nouvelles colonies.

Figure 1 : Principale méthode de renouvellement des colonies selon le nombre de ruches en production

Le renouvellement des reines au sein des colonies, une pratique majoritaire

Si le renouvellement des reines du cheptel se fait en partie par la création d’essaims ou de paquets d’abeilles, où une jeune reine pourra être introduite ou élevée par les ouvrières, ce renouvellement peut également avoir lieu via le remplacement de reines dans les colonies en dehors de la création d’essaims. Ce remplacement peut être un remérage naturel par les ouvrières, une suppression de la reine par l’apiculteur pour accélérer ce remérage, ou une suppression de la reine suivie de l’introduction d’une nouvelle reine sous forme de cellule royale ou de reine vierge, fécondée voire inséminée. Parmi les apiculteurs ayant répondu à l’enquête, la plupart mettent en œuvre plusieurs de ces techniques en parallèle, selon la saison (ex. introduction de cellules royales en début de saison, de reines fécondées en fin de saison), les colonies concernées (ex. remérage naturel des bonnes colonies, introduction dans les faibles ou non-valeurs), l’objectif, etc.

Le choix de laisser l’intégralité des colonies en remérage naturel est minoritaire, d’autant plus parmi les apiculteurs gérant un nombre important de ruches : cela représente environ 10 % des apiculteurs gérant plus de 70 ruches, pour plus de 30 % en-dessous de ce seuil.

Alors que les essaims sont surtout réalisés en début de saison, le remplacement ou la suppression de reines dans les colonies peut avoir lieu tout au long de la saison apicole. Les apiculteurs gérant plus de 150 ruches sont même légèrement plus nombreux à en réaliser en fin de saison, notamment en introduisant des reines fécondées. En-dessous de 150 ruches, ces remplacements ou suppression sont privilégiés en début ou en cours de saison.

Le renouvellement des reines est également réalisé par une partie des apiculteurs via la réunion de la colonie à remérer avec un essaim de l’année, ou un essaim hiverné en début de saison.

Hors création d’essaims, la gestion des reines dans les colonies est donc un autre aspect important du renouvellement du cheptel apicole, sur lequel la majorité des apiculteurs interviennent via des remérages avec introduction de reines ou cellules royales ou via des suppressions de reines pour accélérer un remérage naturel. Ce remérage contrôlé pourra avoir plusieurs objectifs : améliorer le dynamisme d’une colonie par l’introduction d’une reine jeune, mieux contrôler la génétique de ses reines… Il peut être réalisé de manière systématique ou non, et dans des proportions variables : de quelques colonies « non-valeurs » à l’intégralité des colonies de production selon les apiculteurs.

Cependant, on observe de nettes différences selon le nombre de ruches gérées : moins il est important, plus les colonies seront laissées en remérage naturel. Ce contrôle plus important des reines au sein des colonies chez les apiculteurs gérant plus de 70 ruches peut viser différents objectifs : limiter la part de colonies non-productives, réaliser une sélection génétique plus importante, assurer une meilleure production lorsque l’apiculture est source de revenus.

Comme l’introduction dans les essaims, le remplacement des reines dans les colonies implique de disposer de reines ou cellules royales d’élevage : pour assurer leurs besoins en reines et cellules royales, même si un achat est bien sûr possible, la majorité des apiculteurs ayant répondu réalise un élevage de reines.

L’élevage de reines, pratiques et visions

Que ce soit pour un usage propre ou pour la vente, la majorité des apiculteurs ayant répondu réalisent un élevage de reines, exception faite des apiculteurs gérant moins de 20 ruches qui ne sont qu’environ 15 % à élever des reines (figure 2). Parmi les apiculteurs gérant un nombre important de ruches (plus de 150), l’élevage de reines est d’autant plus pratiqué que l’apiculteur s’est installé récemment : quand 25 % des apiculteurs installés depuis plus de 20 ans ne pratique pas l’élevage de reines, ils sont moins de 10 % chez les apiculteurs installés plus récemment (moins de 20 ans). L’élevage est également pratiqué par l’intégralité des apiculteurs dont la gelée royale représente une production importante (30 % du chiffre d’affaires et au-delà).

Dans la plupart des cas, les reines ou cellules royales élevées seront utilisées par l’apiculteur lui-même. Pour assurer leurs besoins éventuels en reines et cellules royales, les apiculteurs ne réalisant pas d’élevage de reines peuvent en premier lieu se tourner vers l’achat, mais d’autres alternatives existent aussi, des échanges de cellules royales, de reines ou de compétences pouvant être mis en place (ex. gestion d’un atelier d’élevage en commun entre deux exploitations, greffage réalisé par un apiculteur pour le bénéfice d’un autre…). Lorsque l’élevage de reines est aussi réalisé pour la vente, ce qui est le cas pour un peu moins de 20 % des apiculteurs gérant plus de 70 ruches en production, la quantité de reines ou cellules vendues est très variable et peut aller de quelques reines par an à plusieurs milliers, en parallèle ou non d’une vente d’essaims ou de paquets d’abeilles.

Figure 2 : Réalisation ou non d’un élevage de reines et finalités de l’élevage

Le recours aux reines et cellules royales d’élevage vise en premier lieu à assurer une plus grande maîtrise de la génétique du cheptel (figure 3), en introduisant dans ses colonies des reines dont l’on connaît l’origine, au moins maternelle. L’introduction de reines dans ses colonies a aussi pour objectif d’assurer de meilleures vitalité et dynamique de la colonie, notamment en remplaçant les vieilles reines, et de gagner le temps que prendrait un élevage naturel au sein de la colonie.

Pour accéder à des reines et cellules royales et remplir ces différents objectifs, la majorité des apiculteurs a fait le choix de réaliser leur propre élevage de reines plutôt que de recourir à un achat : environ 65 % de l’ensemble des personnes ayant répondu à l’enquête réalise un élevage de reines, 85 % pour ceux et celles gérant plus de 70 ruches. Cet élevage permet bien sûr d’assurer leurs besoins en reines et cellules royales, mais les raisons qui poussent à le mettre en place ou non sur sa propre exploitation plutôt que d’opter pour un achat sont plus larges.

En premier lieu, faire soi-même un élevage de reines permet de réaliser sa propre sélection génétique, en accord avec les critères que l’on souhaite développer : production, dynamique, douceur… A l’inverse, la réalisation de sa propre sélection peut aussi apparaître pour certains apiculteurs comme une difficulté : difficulté à réaliser une sélection sur son seul cheptel, à assurer une stabilité des caractères recherchés, à maîtriser l’environnement de fécondation. Au-delà des problématiques qu’elle pose pour la sélection, la maîtrise et la qualité de la fécondation des reines est ainsi citée comme une des causes principales identifiées d’échecs dans l’élevage des reines, et comme une des difficultés principales lorsqu’un élevage de reines est réalisé sur l’exploitation (catégorie « Echecs dans l’élevage » sur la figure 3).

Cependant, si la maîtrise de la fécondation est la première difficulté technique, les principaux inconvénients cités ou difficultés rencontrées à la réalisation d’un atelier d’élevage de reines ne sont pas d’ordre technique mais relèvent du temps à consacrer à cette activité et des difficultés d’organisation du travail qu’elle peut poser, par le peu de souplesse d’un calendrier d’élevage (figure 3). Certains aspects peuvent aussi être perçus différemment d’une personne à l’autre, comme le coût économique d’un élevage de reines sur l’exploitation, souvent considéré comme avantageux par rapport à un achat mais qui apparaît pour certains comme un inconvénient

Figure 3 : Raisons citées à l’utilisation de reines d’élevage et à la réalisation d’un élevage sur l’exploitation (sur un total de 229 réponses à cette question). Pour des questions de lisibilité, seule la distinction 
+/- de 70 ruches en production a été faite (les réponses étant relativement homogènes au-delà de 70) 
Précision sur le sens de certaines catégories : gain de temps : gain de temps dans le développement des colonies par rapport à un remérage naturel / meilleur contrôle : meilleur contrôle de l’âge des reines et du développement des colonies. / Echecs dans l’élevage : difficultés liées aux échecs possibles / Coût : coût économique de la mise en place de l’élevage sur l’exploitation, éventuellement par rapport à un achat de reines

Conclusion

Parmi les 348 apiculteurs et apicultrices ayant répondu à cette enquête, les objectifs et profils sont diversifiés : production de miel, de gelée royale, de cheptel, région d’installation, expérience apicole, etc. Dans le cas de la gestion du renouvellement des colonies et des reines, le nombre de ruches gérées reste cependant ce qui distingue le plus les pratiques étudiées ici.

Les apiculteurs gérant un nombre de ruches important (au-delà de 150 ruches en production) ont dans l’ensemble un niveau d’autonomie en cheptel élevé, et gèrent ce cheptel de manière à maîtriser l’origine des essaims et des reines dans les colonies. Ils sont ainsi très majoritaires à réaliser un élevage de reines, à introduire reines ou cellules royales dans leurs essaims, qui seront très majoritairement réalisés sur leurs colonies plutôt qu’achetés, et à remplacer les reines dans leurs colonies. Dans la grande majorité des situations, les cellules royales et reines introduites sont issues d’un élevage sur l’exploitation. C’est également le cas des apiculteurs gérant de 70 à 150 ruches, dont la gestion du renouvellement des colonies et des reines se rapproche de celle des apiculteurs gérant plus de 150 ruches. En-dessous de 70 ruches, la pratique de l’élevage de reines reste importante : un élevage de reines est pratiqué par la majorité des apiculteurs dès 20 à 70 ruches gérées. Cependant, une part plus importante d’apiculteurs ne contrôle pas le remérage des essaims et colonies, et les cellules royales et surtout reines fécondées introduites sont plus fréquemment achetées.

Ces résultats sont dans l’ensemble cohérents avec les pratiques d’élevage des apiculteurs professionnels telles qu’identifiées dans le Réseau d’Exploitations de Référence, piloté par l’ITSAP-Institut de l’abeille et dans lequel sont impliquées de nombreuses ADA. Cependant, quelques différences peuvent être notées : notamment, la part d’apiculteurs laissant toutes leurs colonies de production en remérage naturel apparaît plus faible dans cette enquête que parmi les apiculteurs membres du Réseau d’Exploitations de Référence, où elle était de 40 % en 2014

De manière générale, un élevage de reines est majoritairement mis en place pour assurer les besoins de l’apiculteur et non pour la vente, l’utilisation de reines d’élevage visant en premier lieu à assurer une meilleure maîtrise de la génétique du cheptel, un dynamisme des colonies plus important et à réaliser une sélection adaptée aux objectifs de l’apiculteur. La réalisation de l’élevage sur l’exploitation, si elle permet de réaliser sa propre sélection et d’assurer la disponibilité et l’autonomie en reines et cellules royales, représente une contrainte de temps et d’organisation importante qui en est le premier inconvénient perçu. Certaines problématiques techniques peuvent aussi être un frein à la mise en place d’un élevage, et notamment la difficulté à garantir et maîtriser une bonne fécondation des reines.

Parallèlement à cette enquête en ligne, des enquêtes présentielles ont été réalisées dans le cadre du projet Durapi, pour identifier plus précisément les raisons des choix techniques réalisés et la diversité des stratégies de renouvellement du cheptel. Ces enquêtes permettent, dans un deuxième temps du projet, d’étudier les conséquences de ces stratégies sur la durabilité économique, sociale et environnementale des exploitations, et notamment sur le temps et l’organisation du travail dans les exploitations professionnelles pendant l’hiver 2017-18.

Ce questionnaire, librement accessible en ligne, a été réalisé entre le 30 novembre 2016 et le 20 février 2017.

Pour des questions de représentativité et de confidentialité des réponses, certaines catégories de réponses ont été regroupées lors de l’analyse lorsqu’une catégorie ne représentait que peu de réponses. Pour certaines questions, certaines réponses ont pu être retirées de l’analyse lorsqu’elles n’étaient pas suffisamment claires ou contradictoires.

Le projet Durapi implique de nombreux partenaires qui contribuent à ces résultats : ADA Occitanie, ADAPI, ADAPIC, ADAAQ, ADA AURA, GPGR, ADA France, IDELE-Institut de l’Elevage, IRSTEA, INRA Ecodéveloppement, INRA Abeilles et Environnement.

    Associations de Développement Apicole partenaires : ADA Occitanie, ADAPI, ADAPIC, ADA AURA, ADAAQ

    Groupement des Producteurs de Gelée Royale

    Institut National de Recherche Agronomique d’Avignon, unités Abeilles & Environnement et Ecodéveloppement

    Institut de l’Elevage

Rédaction : 

Coline Kouchner - INRA / ITSAP

Avec la contribution de Félicie Aulanier, Benjamin Basso, Cécile Ferrus - ITSAP

Marie Mior - ADA AURA

Virginie Britten - ADA Occitanie

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