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La lutte biotechnique contre Varroa : un exemple en région Sud-PACA

Publié le 09/09/2026

Maladies, prédateurs

Le projet Fall’Var, réalisé par Résapi, vise à mieux comprendre les performances et les coûts des méthodes biotechniques contre Varroa et établir des références dans différentes situations de mise en œuvre. Cet article présente les premiers résultats issus d’un suivi réalisé par l’ADAPI sur un rucher comparant lutte biotechnique associée à un traitement flash et traitement conventionnel, en fin de miellée de lavande.

L’efficacité des méthodes biotechniques pour mettre les colonies hors couvain (encagement de reines, retrait ou destruction de couvain) et permettre un traitement efficace contre Varroa à l’acide oxalique n’est plus à démontrer. Cependant, peu d’apiculteur.ices les mettent en œuvre, car elles nécessitent organisation, technicité, temps et parfois de la main-d’œuvre. Le projet Fall’Var a donc pour objectif d’acquérir des références techniques et économiques sur les stratégies de lutte impliquant des méthodes biotechniques via des suivis sur des ruchers d’apiculteurs professionnels, et de transférer largement les connaissances acquises aux apiculteur.ices.

Approche expérimentale en partenariat avec les apiculteurs pour acquérir des données technico-économiques

Pour acquérir des informations sur les contraintes organisationnelles (nombre d’interventions sur le rucher, nécessité d’avoir de la main-d’œuvre…) et le coût des interventions (temps de travail, coût des médicaments et des nourrissements…), l’approche choisie a été de comparer 2 stratégies de traitement en fin d’été (dont une impliquant une méthode biotechnique) mises en place sur des ruchers d’apiculteurs professionnels de différentes régions.

    •Stratégie 1 : méthode biotechnique (encagement, destruction ou retrait de couvain) couplée à l’application d’un médicament à l’acide oxalique (Varroxal®, Api-Bioxal®, Oxybee®…) par sublimation ou par dégouttement (2 applications entre 3 et 8 jours d’intervalle)

    •Stratégie 2 : Formicpro® ou traitement de longue durée (Apivar®, Apitraz®) communément utilisé par l’apiculteur.ice, pouvant présenter des limites (tolérance des varroas à l’amitraze inconnue, fortes températures au moment de l’application).

En parallèle, des données techniques (temps de travail, quantité de nourrissement donnée...) et économiques (coût des traitements, coût du nourrissement, rémunération de la main-d’œuvre...) ont été recueillies auprès de l’apiculteur. Des mesures de population (abeilles et couvain) et des taux d’infestation des colonies (varroas phorétiques pour 100 abeilles ou VP) ont été évalués avant (fin juillet) et après la période des traitements (fin octobre) ainsi qu’au début du printemps suivant (mars-avril selon les régions).

Figure 1 : Les modalités testées sur le rucher suivi par l’ADAPI en fin d’été sont, d’une part, un encagement estival des reines suivi de deux applications d’Api-bioxal® et de Varroxal®, et d’autre part, un traitement Apivar®.

Focus sur un cas d’étude en région Sud-PACA

Les résultats concernent un rucher de 43 colonies suivi par l’ADAPI en région Sud-PACA, divisé en deux lots en fin de miellée de lavande (été 2024). Sur 21 colonies, les reines ont été encagées 28 jours en cage chinoise, puis deux traitements flash à l’acide oxalique ont été appliqués : à la libération des reines (Api-bioxal® par dégouttement) et trois jours après (Varroxal® par sublimation). Les 22 autres colonies ont reçu deux lanières Apivar® chacune pendant 9 semaines. Les deux lots ont également reçu un traitement hivernal à l’acide oxalique.

Près de 10 minutes pour encager une reine

En moyenne, la recherche d’une reine à encager a pris 9 min 30. Dans cette exploitation, les reines ne sont pas marquées ; de plus, en post-miellée de lavande, les colonies étaient déstructurées (présence irrégulière de couvain d’un cadre de corps à l’autre), rendant plus difficile la localisation des reines. La visite réalisée pour rechercher les 21 reines et les encager a duré 3h20. Toutes les reines étaient vivantes à leur libération.

Figure 2 : Synthèse des coûts de gestion engendrés par chaque méthode de traitement. Une gestion biotechnique plus coûteuse que la gestion conventionnelle.

Un coût de gestion plus élevé pour le lot encagé, lié principalement au temps de travail plus important

Le coût total de la gestion du lot encagé est plus élevé (519 € pour 21 colonies) que le coût total de la gestion du lot traité à l’Apivar® (430 € pour 22 colonies). Ce coût de gestion total pour chaque lot est calculé en additionnant les coûts des traitements médicamenteux, les coûts de nourrissements (les apiculteurs adaptent le nourrissement des colonies en fonction d’une pesée de la ruche effectuée pendant les visites de nourrissement) et le coût forfaitaire du travail que l’exploitant a passé sur chaque lot. Ce coût forfaitaire du travail est fixé par convention à 23,76 € brut / heure travaillée, soit l’équivalent de 2 SMIC horaires. Dans ce suivi, les coûts de traitement médicamenteux et de nourrissement s’équilibrent entre les deux modalités. Cependant, avec deux visites et 4h de travail supplémentaire consacrées à la gestion des 21 colonies encagées, 40 % de temps en plus (soit 10h30 contre 6h40) sont nécessaires pour appliquer la méthode biotechnique par rapport à la méthode conventionnelle. C’est ce temps de travail qui explique pour la majeure partie la différence de coût total entre les deux méthodes de traitement.

Figure 3 : Nombre de varroas phorétiques pour 100 abeilles mesurés par colonie et par lot au cours du suivi. À la V3, l’effectif de colonies sur lequel est calculé un VP100 est inférieur à l’effectif des colonies vivantes car plusieurs colonies étaient trop peu populeuses pour être prélevées en abeilles sans risquer de les affaiblir.

Taux d’infestation Varroa des lots et population des colonies

Avant les traitements anti-varroas, les deux lots de colonies avaient des quantités d’abeilles et de couvain similaires et un taux d’infestation autour de 2,5 VP en moyenne par colonie. Lors de la visite d’automne, les colonies traitées à l’Apivar® avaient moins d’abeilles et de couvain que les colonies encagées. Le taux d’infestation en Varroa après 9 semaines de traitement à l’amitraze est resté élevé : 1,9 VP en moyenne, alors que celle des colonies encagées a chuté à 0,3 VP. Le traitement Apivar® a été moins efficace que la méthode biotechnique associée aux traitements flash d’acide oxalique pour faire chuter la pression Varroa des colonies, ce qui peut expliquer les différences de populations d’abeilles observées. Grâce au traitement hivernal appliqué entre la visite d’automne et celle de sortie d’hiver, les taux d’infestation des deux lots tendaient vers 0 VP en mars 2025, permettant de débuter la nouvelle saison avec des colonies saines.

Des taux d’infestation en varroas plus importants à l’automne pour les colonies traitées à l’Apivar® :

Une mortalité légèrement plus importante (8 %) qui interroge sur le coût de renouvellement de cheptel

En sortie d’hiver 2025, la survie des colonies était légèrement meilleure dans le lot encagé que dans le lot traité à l’Apivar®, dans lequel deux colonies supplémentaires sont mortes (respectivement 5 colonies mortes sur 21 contre 7 colonies mortes sur 22). Au regard des effectifs, il est difficile d’affirmer que la stratégie de lutte basée sur l’utilisation d’Apivar® a engendré davantage de mortalité.

Cependant, si on considère cette différence de mortalité de 8 % et le coût de renouvellement de cheptel qui en résulte au printemps (valeur d’un essaim estimée à 150 €), dans le cas étudié, le bilan de la stratégie d’encagement aurait un coût global inférieur à la stratégie Apivar® (deux essaims de moins à remonter au printemps, soit une économie de 300 €) et ce, malgré le temps de travail supérieur en fin d’été.

Prochaines étapes du projet

Cet article décrit un cas concret de la première année du projet Fall’Var. L’ensemble des résultats techniques, économiques et sanitaires pour chacun des six ruchers pilotes suivis en 2024-2025 est disponible sous forme d’un livret consultable en ligne ici (insérer lien du livret). Pour la deuxième année de suivi (2025-2026), des tests ont été effectués sur de nouveaux ruchers pilotes pour évaluer l’efficacité du traitement Calistrip biox® seul ou couplé à une méthode biotechnique telle que l’encagement de reine, le retrait ou le griffage de couvain. Les résultats des suivis seront analysés et publiés en hiver 2026-2027. Un guide technique décrivant les différentes méthodes biotechniques ainsi que des témoignages d’apiculteurs les utilisant sera également produit et diffusé.

Retrouvez sur le site de Réussir apiculture, en complément de cet article, le retour d’expérience d’un apiculteur professionnel de Corrèze après six années de pratique de l’encagement de reine.

Les liens utiles :

Autrice : Elia Gounot

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