Besoins et disponibilité en insectes
pollinisateurs et évaluation de l’impact monétaire du service de pollinisation
pour l’agriculture française
Étude réalisée par Marie
HARRUIS (ingénieure agronome) en partenariat avec Bernard VAISSIÈRE, responsable du
laboratoire "Pollinisation et écologie des abeilles" du département
Abeilles et Environnement de l’INRA d’Avignon.
Les insectes pollinisateurs : les abeilles
sauvages et en particulier l’abeille domestique Apis mellifera, jouent
un rôle essentiel dans la pollinisation d’une grande majorité d’espèces
sauvages et de 84 % des espèces cultivées en Europe. Une pollinisation adéquate
permet d’augmenter non seulement les rendements, mais aussi d’améliorer la
qualité des récoltes. Il s’agit donc d’un facteur de production à part entière.
Pour assurer cette pollinisation, les agriculteurs font le plus souvent appel
aux services d’apiculteurs pollinisateurs et/ou aux fournisseurs de bourdons.
Depuis les années 1980, un déclin des populations d’abeilles sauvages et
domestiques a été mis en évidence aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord,
alors même que les surfaces de cultures entomophiles sont en augmentation. En
France, les travaux de l’ITSAP-Institut de l’abeille rapportent un taux moyen
de pertes hivernales de 20 à 30 % des colonies d’abeilles domestiques pour ces quatre
dernières années.
Pour quantifier l’activité pollinisatrice des
abeilles dans l’agriculture française métropolitaine, l’offre en insectes
pollinisateurs domestiqués a été évaluée en premier lieu. Ensuite, ont été évalués
les besoins en termes de surfaces de cultures entomophiles et de charge
recommandée en colonies par hectare de culture cible afin de pouvoir comparer
ces valeurs.
La recherche de données, souvent complexe, pour l’abeille domestique, a permis d’estimer que le cheptel apicole national (soit 1 340 000 colonies déclarées en 2008) ne pouvait couvrir qu’un tiers de la demande nationale, estimée à 3 900 000 colonies cette même année. Cette vue globale recouvre néanmoins de grandes disparités régionales puisque le taux de couverture potentiel des besoins va de 11 % à 241 %.
Seules six régions françaises auraient un nombre de colonies (potentiellement
disponibles) suffisant pour couvrir leurs besoins. La contribution monétaire de
l’activité pollinisatrice des insectes à l‘agriculture française obtenue pour
l’année 2005 est de 2,3 milliards d’euros.
Ces premières évaluations
restent cependant assez grossières du fait du manque de données sur la
participation réelle du cheptel apicole dans la pollinisation des cultures, de
l’imprécision des recommandations de charge en colonies et du fait que les
colonies déplacées participent souvent à plusieurs chantiers de pollinisation
au cours d’une même saison. Concernant l’impact monétaire, les volumes de
production, les prix producteurs et les ratios de dépendance à la pollinisation
entomophile de différentes cultures sont encore inconnus. Les résultats de cette
étude constituent néanmoins une base de travail essentielle pour orienter les
analyses futures afin de tenir compte des situations régionales, des
complémentarités techniques et des conditions naturelles qui peuvent favoriser
le développement de l’apiculture et des productions végétales entomophiles. Un
réel travail de sensibilisation des filières agricoles sur ces activités de
pollinisation et sur l’importance d’une meilleure maîtrise de ce facteur de
production a par ailleurs été entamé par l’ITSAP-Institut de l’abeille et doit
être poursuivi, développé et valorisé avec les partenaires de la production
végétale.
Contact: Fabrice Allier, fabrice.allier(at)itsap.asso.fr

