Surmortalités de colonies dans les ruchers pyrénéens

Cet hiver, des surmortalités de colonies ont été observées dans plusieurs exploitations apicoles de Midi-Pyrénées (Ariège, Tarn, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées) et du Languedoc-Roussillon (Pyrénées-Orientales, Hérault). Alertés par l’ampleur du phénomène, les apiculteurs et les institutions locales ont demandé l’intervention du ministère de l’Agriculture de l’Agroalimentaire et de la Forêt.

01/03/2014

Éléments de contexte

  Le 26 février à Foix, une rencontre s’est tenue en préfecture entre les représentants du ministre, les services de l’État (DDSCPP1, SRAL2), les institutions locales (préfecture, conseil départemental) et des représentants des apiculteurs. Sollicités par François Gerster, Coordinateur ministériel du Plan de développement durable pour l’apiculture, le Laboratoire national de référence (LNR) pour les maladies des abeilles de l’ANSES et l’ITSAP-Institut de l’abeille étaient également présents pour apporter leur expertise.

Au cours de cette rencontre, les représentants des apiculteurs ont fait état de plusieurs milliers de colonies mortes ou « non valeurs » détectées durant l’hiver, dans des ruchers situés en zones de basse et moyenne montagne. Les typologies d’affaiblissement et de mortalité décrits sont hétérogènes : des mortalités avec ou sans tapis d’abeilles devant ou dans les ruches ont été observées. Plusieurs éléments conjoncturels imputant aux traitements antiparasitaires utilisés par les éleveurs la responsabilité des pertes ont également été indiqués. Plus précisément, l’hypothèse est une intoxication des colonies par des substances actives antiparasitaires vétérinaires et/ou par des biocides utilisés pour l’assainissement des bâtiments et des effluents d’élevage. L’anormalité du phénomène faisant consensus, la Direction générale de l’alimentation a sollicité le LNR et l’ITSAP-Institut de l’abeille pour construire un protocole d’étude en concertation avec les représentants des apiculteurs.

Le ministère a lancé un plan d’action en trois étapes :

  1. une enquête pour recenser les ruchers touchés (qui est en cours),
  2. la mise en place d’une étude cas-témoin (hiver 2013-2014
  3. un dispositif de surveillance pour la saison 2014.

Mise en place d’un protocole d’étude cas-témoin pour les pertes de l’hiver 2013-2014

Une enquête préalable à la mise en place de l’étude cas-témoin est en cours. Dirigée par les services de l’État et mettant à contribution des vétérinaires référents de GDSA, des ASA et des techniciens d’ADA, cette enquête vise à recenser les ruchers victimes d’une surmortalité et à identifier ceux qui seront inclus dans l’étude cas-témoin. De la réussite de cette enquête dépendra la mise en application du protocole conçu par l’ITSAP-Institut de l’abeille et le LNR.

Une étude cas-témoin sera réalisée. Il s’agit d’une démarche épidémiologique qui vise à comparer la fréquence d’exposition à un facteur de risque entre des individus malades (ici des colonies) et des individus sains issus de la même population. Plus exactement, c’est la fréquence d’exposition aux substances actives entre des ruchers touchés par des surmortalités (cas) et d’autres ruchers non touchés (témoins) qui sera comparée.Deux démarches ont été choisies :

  • la première consiste à étudier le lien entre l’apparition de mortalités anormales dans des ruchers et la contamination de matrices apicoles par les substances actives. Ce sont plus précisément des pyréthrinoïdes et des lactones macrocycliques dérivées de l’abamectine formulées dans des médicaments vétérinaires antiparasitaires qui seront recherchées.
  • la seconde consiste à étudier le lien spatial entre les emplacements de ruchers touchés par des mortalités anormales et les zones d’élevages auxquelles les colonies sont exposées. Cette étude rétrospective tentera d’objectiver l’exposition des colonies aux substances actives et d’analyser si elle constitue un facteur de risque de surmortalité.

Un dispositif de surveillance pour la saison 2014

Le protocole d’étude qui sera mis en place pallie dans l’urgence l’absence d’un dispositif d’intervention adapté au traitement des épisodes de surmortalité pendant la période hivernale. Une extension du dispositif existant pour les cas ponctuels de mortalité en saison, provoqués par l’une des quatre maladies réputées contagieuses ou par l’exposition des abeilles à des produits phytosanitaires, est envisagée par la DGAL (Cf. note de service de la DGAL du 6 juin 20123) dans les départements concernés. Toutefois, la mise en place d’un tel dispositif ne permettra pas de répondre à la question plus globale du risque lié à l’exposition des abeilles aux substances actives utilisées en élevage. Une approche plus spécifique serait complémentaire pour surveiller des ruchers hivernant sur des zones d’élevage et apporter les premières connaissances sur cette problématique, soulevée de façon récurrente par la profession apicole.

Contact : Cyril Vidau

 

  1. Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations []
  2. Service régional de l’alimentation []
  3. Note de service DGAL/SDSPA/SDQPV/N2012-8113, http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/DGALN20128113Z_cle8ac3ba.pdf []
Dernière mise à jour

2015-01-29 10:04:22