Les abeilles doivent-elles consommer « quatre pollens par jour »?

Enjeux

Si de nombreux travaux scientifiques montrent le rôle crucial de l’alimentation en pollen pour la santé de l’abeille domestique, l’absence totale de pollen dans l’environnement est une situation rarement rencontrée. Les abeilles sont plutôt confrontées à de fortes disparités dans le temps et dans l’espace de l’abondance, du type et de la diversité des pollens récoltés.

Description

L’influence de la qualité et de la diversité de l’alimentation pollinique a été testée sur la physiologie des abeilles en les soumettant à différents régimes monofloraux (ciste, bruyère, châtaignier, ronce) de qualités nutritionnelles variables, ou à un régime polyfloral composé des quatre pollens (Cf. tableau).

Facteurs nutritionnels contenus dans les différents pollens testés

Le mélange est composé de 25 % de chaque pollen monofloral. Les taux de protéines, de lipides et de sucres sont exprimés en pourcentage de matière sèche de pollen. Le pouvoir antioxydant est exprimé en µmol équivalent Trolox/g de pollen. Les acides aminés sont exprimés en g/100g de pollen.

Pollens Protéines (%) Lipides (%) Sucres (%) Acides aminés (g) Antioxydants (µmol)
Ciste 12 6,9 5,2 11,9 103
Bruyère 14,8 7,4 4,8 16,27 196
Châtaignier 21,6 6,6 5,0 18,68 399
Ronce 22 6,4 6,7 19,98 475
Mélange 17,6 6,8 5,4 16,71 293

Les abeilles se nourrissent de pollen essentiellement pendant les premiers jours de leur vie d’adulte, pour assurer leur tâche de nourrice. Les effets de la qualité et de la diversité pollinique ont donc été évalués sur la physiologie de jeunes ouvrières (développement des glandes hypopharyngiennes et expression du gène de la vitellogénine, une protéine impliquée dans la production de gelée royale, la longévité et l’immunité cellulaire). L’influence de la qualité et de la diversité pollinique a aussi été testée sur la tolérance au parasite Nosema ceranae, en étudiant la survie des abeilles et l’activité de différentes enzymes impliquées dans les mécanismes de défense (glutathion-S-transférase, enzyme de détoxication des polluants ; phénoloxydase, enzyme de l’immunité ; phosphatase alcaline, enzyme métabolique de l’intestin).

Le développement des glandes hypopharyngiennes et le taux d’expression de la vitellogénine ont été affectés par la qualité du pollen mais pas par la diversité. Ces paramètres physiologiques ont été supérieurs chez les abeilles nourries avec du pollen de ronce, qui est le plus riche en protéines, en sucres et en antioxydants. Si les abeilles privées de pollen ou nourries avec du pollen de ciste, (pollen le plus pauvre en protéines) ont eu une durée de vie réduite (Cf. figure A), les abeilles nourries avec les pollens de ronce, de châtaigner et de bruyère, ou avec le mélange de pollens, ont eu quant à elles une durée de vie équivalente.

De même, les résultats obtenus chez les abeilles parasitées par Nosema ceranae montrent que la qualité du pollen est un facteur prépondérant. En effet, la survie a été fortement influencée par le type de pollen. Le classement des pollens monofloraux en fonction de leur effet bénéfique croissant pour la survie, est le suivant : ciste, châtaignier, bruyère, ronce (Cf. figure B). Ces résultats suggèrent que la qualité d’un pollen ne dépend pas uniquement du taux de protéines ; le pollen de bruyère présente une teneur en protéines inférieure à celle du châtaignier, mais offre aux abeilles une meilleure survie. Cependant, un régime pollinique diversifié permet d’obtenir, chez les abeilles parasitées par Nosema ceranae, une survie supérieure par rapport aux pollens monofloraux de moyenne ou de mauvaise qualité (Cf. figure B), ce qui n’était pas le cas chez les abeilles saines.

Les effets de l’alimentation pollinique et du parasite Nosema ceranae sur la survie des abeilles

Pourcentage de survivantes sur 50 jours d’expérimentation pour des abeilles non parasitées
Pourcentage de survivantes sur 50 jours d’expérimentation pour des abeilles non parasitées

Pourcentage de survivantes sur 50 jours d’expérimentation pour des abeilles parasitées par Nosema ceranae (9 réplicas/type de pollen)
Pourcentage de survivantes sur 50 jours d’expérimentation pour des abeilles parasitées par Nosema ceranae (9 réplicas/type de pollen)

Les différentes lettres montrent une différence significative entre les régimes polliniques.

La qualité et la diversité pollinique ont donc une importance pour la survie de l’abeille lorsqu’elle est soumise à des stress tels que Nosema ceranae. La disponibilité de différentes ressources florales apparaît comme très importante pour compenser la qualité nutritionnelle moindre – donc l’influence limitée de certains pollens – et améliorer ainsi la tolérance des abeilles aux parasites.

Publications

Di Pasquale G., Salignon M., Le Conte Y., Belzunces L.P., Decourtye A., Kretzschmar A., Suchail S., Brunet J.-L., Alaux C. (2013) Influence of pollen nutrition on honey bee health: Do pollen quality and diversity matter?PLoS One 8(8): e72016. http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0072016

Dernière mise à jour

2014-07-29 12:06:27

L'expertise technique et scientifique

au service de la filière apicole