Apiculture et dépérissement de la lavande et du lavandin

La filière des lavandiculteurs est confrontée depuis plusieurs années à un grave problème de dépérissement de la lavande et du lavandin

Enjeux

Un enjeu commun aux lavandiculteurs et apiculteurs

Les producteurs de lavandes doivent faire face à un grave problème sanitaire : le dépérissement à phytoplasme du Stolbur, maladie responsable de mortalités de plants et de nombreux arrachages précoces de parcelles. Les parcelles fortement touchées par la maladie sont de moins en moins productives et les producteurs sont contraints de les arracher au bout de trois ou quatre ans dans les cas les plus graves, au lieu de 10 voire 15 ans traditionnellement. Les mortalités de plants se sont aggravées depuis le début des années 2000, certainement à cause d’une augmentation de la pression en insecte vecteur (la cicadelle H. obsoletus ; Fig. 1) et d’épisodes climatiques difficiles (canicule et sécheresse de 2003, sécheresse automnale de 2007).

La culture de la lavande et du lavandin, permet aux agriculteurs de vivre de leurs productions dans des zones difficiles de montagnes sèches et ainsi de maintenir une activité rurale et économique : le chiffre d’affaire annuel de la filière des huiles essentielles de lavande et de lavandin atteint 20 millions d’euros (source CIHEF, 2010). De plus, les lavandes et lavandins sont des plantes emblématiques des paysages de la Provence. Elles contribuent très fortement à l’attrait et au développement touristique de cette région.

Pour les apiculteurs, le miel de lavande est une production phare, puisqu’elle représente 60 % du tonnage de miel régional et que 94 % des apiculteurs professionnels transhument leurs ruches sur les lavandes, le chiffre d’affaire annuel généré par la vente de miel de lavande étant d‘environ 10 millions d’euros. Pour l’apiculture, une diminution des surfaces cultivées induirait une baisse de production de miel de lavande : les apiculteurs sont conscients du risque pour la survie des deux filières.

Les méthodes prophylactiques (utilisation de plants sains certifiés, rotations de plus de deux ans, etc.) ne suffisent plus pour enrayer la maladie, d’autant que la variété de lavandin Grosso (qui représente 80 % des surfaces totales de lavandin) considérée jusque-là comme tolérante, est devenue sensible dans certaines zones.

Figure 1. Cicadelle Hyalesthes obsoletus et cycle de reproduction
Figure 1. Cicadelle Hyalesthes obsoletus et cycle de reproduction

Actuellement, les lavandiculteurs ne disposent que de moyens de lutte indirects contre la maladie du dépérissement à Stolbur. En effet, la lutte directe contre le phytoplasme n’est pas possible. La lutte contre l’insecte vecteur est également problématique : les larves vivent enfouies dans le sol et le vol des adultes a lieu pendant la floraison. À cette période, la présence d’abeilles est maximale, ce qui interdit tout traitement insecticide à ce moment-là.

Objectifs

Lutter contre la maladie tout en préservant les abeilles

Afin d’enrayer cette maladie et permettre le maintien de ces cultures, l’ITEIPMAI a lancé en 2012 un important programme financé par le CASDAR afin :

  • d’identifier des modifications d’itinéraires de culture permettantd’améliorer la situation de la production de lavande et de lavandin ;
  • de déterminer si le comportement de l’insecte vecteur permet d’expliquer le phénomène de tolérance à la maladie observé chez certaines variétés ;
  • de définir de nouveaux critères de sélection utilisables dans les futurs programmes de création variétale.

L’ITEIPMAI a sollicité la participation de l’ITSAP-Institut de l’abeille pour étudier l’impact éventuel de la lutte à base d’argile kaolinite contre les adultes de H. obsoletus, sur des ruches placées à proximité des parcelles traitées. Ces essais ont été réalisés sur le plateau de Valensole (04) par le CRIEPPAM (Centre régionalisé interprofessionnel d’expérimentation en plantes à parfum, aromatiques et médicinales) et l’ADAPI. Ils visent à évaluer l’efficacité de traitements à base d’argile sur des parcelles âgées d’un et de deux ans, avant floraison ou après écimage dans des zones très atteintes par le dépérissement. L’objectif est d’arriver à protéger les plants de lavande les deux premières années, période où les plants sont le plus sensibles au Stolbur, sans porter préjudice aux abeilles.

Figure 2. Plants de lavande pulvérisés à la kaolinite
Figure 2. Plants de lavande pulvérisés à la kaolinite

La kaolinite est une argile crue, extraite des carrières, en Bretagne ou au Canada. Pour être utilisable en pulvérisation, cette argile doit être calcinée. Sur H. obsoletus, il semblerait que la kaolinite ait un effet de barrière physique limitant ainsi l’ampleur des contaminations. La couleur blanche du produit pulvérisé peut aussi perturber l’insecte.

Description

Deux lots de ruches similaires placés l’un, dans un environnement traité et non traité pour l’autre ont été suivis selon le protocole de l’observatoire des ruches sur lavandes (voir ci-dessous). Des mesures de l’attractivité des plantes en fleurs et une étude de la qualité du nectar ont été réalisées sur ces deux environnements.

Pour l’effet sur le dépérissement, le dénombrement des plants symptomatiques va être réalisé au printemps 2013, en comparant des parcelles traitées et non traitées. Les premiers résultats semblent être intéressants, avec moins de plants infectés dans les parcelles traitées.

Concernant les abeilles et pour cette première année d’étude, aucun impact significatif de la kaolinite n’a été mis en évidence sur le comportement des ruches, le butinage et la qualité du miel. Une deuxième année d’étude va être conduite en 2013 pour confirmer ces résultats. Les observations montrent une diminution du nombre de butineuses sur des plants de lavandin présentant des premiers signes de dépérissement, par rapport à des plants sans symptômes pour une masse florale identique. En 2013, cette observation sera confirmée et la disponibilité en nectar de ces plants sera mesurée. Si ces observations se confirment, la baisse de production en miel de ces dernières années dans certains secteurs pourrait s’expliquer au regard de l’extension du dépérissement des lavandes.

Lutter contre le dépérissement des lavandes est donc essentiel pour les lavandiculteurs et pour les apiculteurs. Si la diminution de la surface cultivée en lavandes se poursuit, voire s’accélère, la disponibilité en ressources pour les colonies d’abeilles diminuera également. La démarche de l’ITEIPMAI d’avoir associé l’ITSAP-Institut de l’abeille à cette problématique permettra de développer des solutions qui préserveront la durabilité économique des deux professions.

Un observatoire de ruchers sur la miellée de lavande

La miellée de lavande est essentielle pour l’économie apicole du sud-est de la France et les apiculteurs signalent régulièrement des dysfonctionnements observés dans leurs ruchers : mortalité et/ou dépopulations d’abeilles, baisse inexpliquée de production, pertes excessives de colonies au cours de l’hiver suivant…

Dans ce contexte, depuis 2009, dans le cadre de l’UMT PrADE, l’INRA BioSP en partenariat avec l’ADAPI, a mis en place un observatoire unique d’expérimentation à dimension professionnelle de 340 ruches (24 ruchers professionnels), réparties sur trois zones de production de lavandes (Drôme, Lure-Albion, Valensole) et suivies pendant 30 jours environ.

Dans cette étude, l’activité des ruches est décrite par leur gain de poids qui représente un indicateur mesurable et fiable : il permet de diagnostiquer et de différencier les ruches en difficulté et de cerner de près l’information que recherchent les apiculteurs. Cet observatoire a permis de mettre en évidence la spécificité d’une entité « emplacement + rucher » qui explique 50 % à 60 % de la variabilité de l’activité des colonies. Cette variabilité commence à être décrite par la caractérisation quantitative de l’effet de certains facteurs sur la dynamique du gain de poids : climat régional et local, surface de couvain operculé en début de miellée (approche de la population), critères sanitaires (charge en varroas).

L’observatoire a pour vocation de devenir un descripteur pratique de la miellée de lavandes pour les apiculteurs.

Dernière mise à jour

2014-07-29 12:05:27

L'expertise technique et scientifique

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