Renforcer la lutte contre Varroa : comment réguler l’infestation en cours de saison ?

Julien Vallon (ITSAP-Institut de l’abeille)

Face à la difficulté des apiculteurs pour maitriser l’infestation en Varroa des ruchers, l’accent est mis sur la surveillance régulière des niveaux d’infestation à des périodes clé. Ainsi malgré les traitements anti varroa employés entre deux saisons de production, certaines colonies restent encore trop infestées au printemps. Quelles sont alors les traitements de rattrapage disponibles ? Une intervention permet-elle d’améliorer les performances des colonies en réduisant le niveau d’infestation ? Selon le traitement employé, quels sont les risques pour les colonies d’abeilles et pour la qualité du miel ? Pour répondre à ces questions, l’ITSAP-Institut de l’abeille et le réseau des ADA ont expérimenté l’emploi d’acide formique ou d’acide oxalique contre Varroa en cours de saison apicole.

La lutte contre Varroa destructor, acarien parasite des colonies d’abeilles mellifères Apis mellifera, est une problématique de premier plan en apiculture. L’impact de ce parasite sur les colonies est bien connu : affaiblissement physique et immunitaire, transmission de virus dont résultent une réduction de la durée de vie des abeilles, une réduction de la capacité de production des colonies et une augmentation des risques de mortalité hivernale (Rosenkranz et al., 2010). Sans traitement, les colonies meurent après 3 ans. Les apiculteurs régulent le niveau parasitaire de leurs colonies au moyens de méthodes physiques (piégeage dans le couvain de mâles, retrait de couvain) et/ou par des traitements acaricides. Afin de limiter les risques de résidus dans le miel produit, les traitements sont réalisés dès la fin de la saison de production, période propice pour assainir les colonies (élevage d’abeilles d’hiver et préparation de l’hivernage dans de bonnes conditions) et peuvent être complétés au cours de l’hiver en profitant de l’absence de couvain pour optimiser leur efficacité. En effet lorsque tous les varroas sont phorétiques (situés sur les abeilles adultes) ils sont exposés aux acaricides, contrairement à leur phase de reproduction dans le couvain operculé, où ils sont à l’abri de la plupart des acaricides de contact employés.

Malgré ces interventions, certains ruchers sont encore trop fortement infestés au moment de redémarrer la saison de production du fait de l’efficacité variable de certains traitements, ou plus généralement d’un suivi insuffisant de l’infestation résiduelle ou encore de ré-invasion suite au pillage de colonies fortement infestées. Une forte infestation en Varroa réduit les capacités de production des colonies et peut entrainer à moyen terme l’apparition du syndrome de la Varroose, nécessitant une intervention pour réduire le niveau d’infestation avant la période propice de la fin de saison. Ainsi des seuils d’intervention sont aujourd’hui communément admis sur la base du taux d’infestation d’un échantillon d’abeilles adultes : 1 varroa phorétique pour cent abeilles (VP/100 ab) au printemps et jusqu’à et 3 VP/100 ab en été. Ainsi à partir de 3 VP/100 ab avant la miellée d’été, les colonies perdent de leur capacité de production (Kretzschmar et al., ©INRA, Apimodel 2009-2016). De même, à partir de 3 VP / 100 ab en fin de saison le risque de mortalité hivernale augmente (Dainat et al., 2012). Cependant les moyens d’intervenir en période de production de miel restent limités : la plupart des médicaments nécessitent un délai d’application de plusieurs semaines, incompatible avec la concomitance d’une miellée. Enfin à cette période d’intervention les colonies présentent une quantité importante de couvain operculé, ce qui n’est pas propice à une lutte efficace contre Varroa.

Quels traitements tester en cours de saison ?

Le choix des traitements à tester s’est porté sur les acides organiques dont l’emploi au printemps a donné des résultats prometteurs pour contrôler les populations de Varroa (Giovenazzo et al., 2011) :

– avec le MAQS®, médicament à base d’acide formique (efficace contre les Varroas dans le couvain operculé) dont la durée d’application est d’une semaine et ayant une AMM en France. L’emploi d’acide formique en cours de saison présente cependant des risques de résidus dans le miel (Bogdanov et al., 2002 ; Charrière et al., 2012). De plus l’emploi du MAQS® a montré des risques importants d’effets indésirables sur les populations des colonies et l’importance de respecter les températures d‘application du médicament (maximum de 29,5°C compatible avec un emploi en saison ?) ;

– par l’emploi d’acide oxalique (AO), substance non rémanente à action « flash », l’AO est très efficace contre les Varroas phorétiques mais ne permet pas de toucher les acariens dans le couvain operculé. Ainsi en présence de couvain son emploi doit être renouvelé dans le temps afin de toucher successivement les varroas sortis du couvain ; Or le renouvellement des applications d’AO peut entrainer une mortalité d’abeilles visible devant les ruches pouvant aller jusqu’à la perte de la reine. Enfin, bien qu’il n’y a pas de risque de résidus dans le miel (Cornelissen et al., 2012 ; Emsen, et al., 2009), il doit être évalués.

Matériel et méthode :

Bien que l’Api-bioxal® ait reçu son AMM pour la France en août 2015, il n’a pas été possible de s’en procurer pour les expérimentations : il n’était pas encore référencé en centrale d’achat. C’est finalement de l’acide oxalique di hydrate d’officine pharmaceutique qui a été utilisé. Les traitements ont été appliqués au printemps (entre fin avril et début mai 2016) : trois sublimations d’acide oxalique di hydrate (2 gr appliqué avec un Sublimox) renouvelées à 5 jours d’intervalle et une application pendant une semaine de deux lanières MAQS®, selon les préconisations d’emploi du médicament.

Les traitements testés ont été comparés avec un groupe témoin (non traitées), chaque modalité étant constituée de 15 colonies. Les 3 modalités ont été mises en place sur chacun des sept ruchers expérimentaux : deux en Aquitaine, deux en Languedoc Roussillon et trois en PACA, soit 105 colonies par modalité. Les ruches sont de modèle Dadant (2 ruchers d’Aquitaine) ou Langstroth (3 ruchers de PACA) ; en Languedoc Roussillon, un rucher est en Dadant et l’autre en Langstroth.
Les observations consistent en un suivi de la pression parasitaire (lavage d’un prélèvement d’abeilles pour comptabiliser les varroas) sur chaque ruche et chaque mois au cours de la saison (d’avril à août) ; L’évaluation des populations des colonies : abeilles, couvains et réserves par la méthode Coleval®, avant (D0) et après (D1) les traitements ; L’observation tout au long de la saison de l’état des colonies et la ponte de la reine pour estimer les effets non désirés ; La pesée des récoltes et, pour la première récolte suite au(x) traitement(s), le prélèvement d’un échantillon de miel pour analyser les quantités d’acides formique (AF) et oxalique (AO) ainsi le dosage de l’acidité libre dans le miel produit.

L’emploi du MAQS® au printemps réduit la pression parasitaire des colonies, contrairement à l’acide oxalique

Les ruchers expérimentaux ont été sélectionnés après un screening préalable selon le seuil d’intervention de 1 VP/100 ab en début de saison, de façon à tester les interventions sur des colonies qui le nécessitent. Ainsi la pression parasitaire au printemps, avant toute intervention, était de 2,8 +/- 0,6 ; 2,4 +/- 0,5 et 2,8 +/- 0,6 VP/100 ab en moyenne pour respectivement les lots « Acide Oxalique », « MAQS® » et « témoin » (Cf figure 1).

Figure 1 : évolution de la pression parasitaire moyenne (VP/100 ab) au cours de la saison 2016, selon les modalités de traitement acide oxalique et MAQS® en comparaison avec un lot de ruches témoin non traitées (n = 104 ruches/modalité à D0). Les box-plot représentent la distribution des « n » valeurs, dont la moitié se situe dans la boite où la barre représente la valeur médiane de la population et les barres représentent 25% des valeurs supérieures ou inférieurs. Les points représentent les valeurs «extrêmes».

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la différence des sublimations répétées d’acide oxalique, le traitement MAQS® a réduit la pression parasitaire par rapport aux colonies témoin : fin mai-début juin (D1, soit environ un mois après les interventions anti-varroa) les colonies traitées MAQS® ont une infestation moyenne de 0,9 +/- 0,3 VP/100 ab et différente de celle du lot témoin (3,4 +/- 0,9 VP/100 ab). Les colonies traitées AO présentent au même moment une infestation moyenne (2.5 +/- 0,5 VP/100 ab) inférieure à celle des colonies témoin, mais les niveaux d’infestation peuvent être considérés comme équivalents . Ce résultat rejoint celui obtenu par Gregorc et al. (2016) pour lequel l’emploi d’acide oxalique en cours de saison, de façon répétée et en présence de couvain, n’a que peu d’effet sur le niveau d’infestation des colonies.

Bien que l’infestation continue à se développer au cours de la saison, la différence entre colonies traitées MAQS® et colonies non traitées se maintien jusqu’à fin juin / début juillet (D2) : avec 2,6 +/- 0,6 VP/100 ab en moyenne, les colonies traitées MAQS® conservent cependant une infestation moyenne supérieure au seuil d’intervention de 1 VP/100 ab, mais inférieure à celle des colonies traitées AO ou des colonies témoin (respectivement 4,8 +/- 0,8 et 6,0 +/- 1,0 VP/100 ab).

A partir de fin juillet / début août (D3) les niveaux d’infestation des trois modalités « acide oxalique », « MAQS® » et « témoin » sont à nouveau équivalents puis début septembre (D4) ils atteignent respectivement 12,9 +/- 1,8 ; 12,6 +/- et 11,4 +/- 2,3 VP/100 ab. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette « remise à niveau » : la ré-invasion progressive de colonies au cours de la saison aboutissant à une homogénéisation des niveaux d’infestation en fin de saison, ou une multiplication plus importante des populations de varroas dans les colonies ainsi délestées d’une partie de leur infestation. Quoi qu’il en soit, la réduction du niveau d’infestation obtenu avec le MAQS® ne perdure pas jusqu’à la période de préparation à la mise en hivernage. Ainsi, les interventions anti-varroa de fin d’été restent nécessaires malgré le traitement réalisé au printemps et son efficacité à réduire l’infestation des colonies.

Un traitement MAQS® sous haute surveillance

Du fait des risques liés à l’emploi du MAQS® en fin de saison, une attention particulière a été portée sur le devenir des colonies ainsi traitées au printemps. Les thermomètres placés sur les ruchers ont permis de suivre les températures locales lors de la semaine d’application du MAQS® et de révéler parfois des températures dépassant 30°C sur certains ruchers, mais il n’y a pas de relation directe avec les dysfonctionnements observés lors de la visite suivante (D1, soit environ un mois après l’application des lanières). Pourtant le taux de colonies traitées MAQS® devenues orphelines ou en remérage à D1 est de 18,3 % alors qu’il n’est que de 4,8 % pour le lot « AO » et de 9,7 % pour le lot « témoin » (Cf. figure 2).

Figure 2 : raison du retrait des colonies de l’essai et fréquence des dysfonctionnements un mois (D1) et 3 mois (D3) après les interventions de printemps, selon les modalités de traitement (n = 104 ruches/modalité à D0).

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Trois mois après le traitement de printemps, la fréquence des colonies en dysfonctionnement ou mortes redevient équivalente entre le lot traité MAQS® et le lot « témoin » : respectivement 22,1 et 21,4 %, soit plus d’une ruche sur cinq qui n’est plus en état fin juillet/début août, quand cela ne touche que 15,4 % des colonies traitées à l’AO. Il est ainsi important de vérifier l’état de la ponte après l’emploi du MAQS® au printemps, et ce quelles que soient les conditions de température d’applications.

En se penchant plus précisément sur les estimations des populations des colonies par la méthode Coleval®, réalisées avant l’application des traitements et lors de la première visite qui suit, il apparait que les colonies traitées MAQS® étaient les plus populeuses à D0 avec en moyenne un peu plus de 8 faces de cadres (fdc) d’abeilles. Les colonies du lot témoin affichaient en moyenne 7,3 fdc d’abeilles et les colonies traitées avec l’acide oxalique 6,3 fdc d’abeilles. Les quantités moyennes de couvain operculé variaient de 3,2 à 3,3 fdc en moyenne selon la modalité et de 2,3 à 2,5 fdc en moyenne pour le couvain ouvert. Une nouvelle évaluation à D1 a permis de calculer la variation entre les deux dates, témoignant d’un accroissement ou d’une réduction des différentes composantes de la colonie suite aux interventions réalisées.

Ainsi les colonies traitées avec le MAQS® sont celles qui ont perdu en moyenne le plus d’abeilles, environ 20% après un mois (-19,4 %), suivant une tendance globale mais moins marquée pour les autres modalités : la quantité d’abeilles des lots « AO » et « témoin » était réduite dans le même temps de respectivement -6,6 % et -8,2 % en moyenne (Cf. figure 3). Pour le couvain, alors que le lot témoin présente une réduction globale du couvain ouvert et operculé (respectivement -2,5 % et -1,1 %), les colonies traitées avec l’acide oxalique affichent un développement de la ponte (+44,6% et +13,2% pour respectivement les couvains ouvert et operculé). Concernant les colonies traitées MAQS® bien qu’elles présentent un accroissement de la quantité de couvain ouvert (+9,2%), l’intervention a impacté la ponte puisque le couvain fermé est en régression un mois après le traitement (-8,1%).

Figure 3 : Variation entre D0 et D1 des quantités de couvain operculé, couvain ouvert, de miel, d’abeilles et de pollen, selon les modalités de traitement acide oxalique et MAQS® en comparaison avec un lot de ruches témoin non traitées (n = 104 ruches/modalité à D0). Les box-plot représentent la distribution des « n » valeurs, dont la moitié se situe dans la boite où la barre représente la valeur médiane de la population et les barres représentent 25% des valeurs supérieures ou inférieurs. Les points représentent les valeurs «extrêmes».

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Des performances améliorées en lien avec la réduction de la pression parasitaire

Pour comparer les performances des colonies (gains de poids en hausse) au cours de la saison apicole, une sélection préalable des ruchers expérimentaux a été faite : les ruchers ont été conservés pour l’analyse lorsque le traitement MAQS® a permis de réduire la pression parasitaire par rapport aux colonies non traitées. Ainsi un rucher en PACA et un rucher en Aquitaine n’ont pas été pris en compte mais 5 ruchers (soit 75 colonies par modalité à D0).

Sur les ruchers ainsi conservés, la pression parasitaire recalculée à la mi-fin avril (D0) reste équivalente entre les modalités « AO » ; « MAQS® » et « témoin » avec respectivement 3,1 ; 2,6 et 3,1 VP/100 ab en moyenne (Cf. figure 4). La pression parasitaire est alors supérieure pour les trois modalités au seuil de 1 VP/100 ab, considéré au printemps comme seuil d’intervention. Le gain de poids en hausse, obtenu un mois après et suite à la miellée d’acacia, est équivalent entre les trois modalités : de 3,3 à 5,1 kg en moyenne.

Figure 4 : évolution de la pression parasitaire moyenne (VP/100 ab) et du gain de poids en hausse au cours de la saison 2016 pour les cinq ruchers sélectionnés, selon les modalités de traitement acide oxalique et MAQS® en comparaison avec un lot de ruches témoin non traitées. Les box-plot représentent la distribution des « n » valeurs, dont la moitié se situe dans la boite où la barre représente la valeur médiane de la population et les barres représentent 25% des valeurs supérieures ou inférieurs. Les points représentent les valeurs «extrêmes».

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Suite aux traitements réalisés, l’infestation moyenne des colonies traitées MAQS® régresse à 1 VP/100 ab alors que celui du lot non traité se maintient à 3,1 VP/100 ab fin mai/début juin, mais ces indicateurs restent supérieurs ou égal au seuil de 1 VP/100 ab à considérer à cette saison. Le gain de poids en hausse mesuré fin juin début juillet, suite aux récoltes (miel de printemps ou de tilleul en PACA et de miel de Causse ou de montagne en Languedoc Roussillon) reste équivalent entre les trois groupes de colonies : de 1,4 à 3,9 kg.

Ce n’est qu’à partir de fin juin/début juillet que la pression parasitaire des colonies traitées MAQS®, avec 2,3 VP/100 ab en moyenne, passe sous le seuil d’intervention de 3 VP/100 ab alors que celle des colonies traitées à l’acide oxalique et des colonies témoin le dépassent pour atteindre respectivement 4,3 et 5,1 VP/100 ab. Suite à la récolte d’été (miel de lavande ou bourdaine selon la région) réalisée fin juillet/début août, les colonies traitées MAQS® ont obtenu un meilleur gain de poids en hausse : 9,5 kg en moyenne contre 4,9 kg pour le lot témoin. Le gain de poids moyen des colonies traitées à l’acide oxalique n’est alors pas différent de celui des colonies témoin, mais n’est pas non plus différent de celui des colonies traitées MAQS®.

Ainsi, malgré un niveau d’infestation important au printemps (>1 VP/100 ab) les colonies traitées MAQS® au printemps ont vu leur pression parasitaire réduite jusqu’au début de la miellée d’été, contrairement aux colonies traitées par sublimation répétée d’acide oxalique. Leur infestation moyenne était alors inférieure à 3 VP/100 ab. Ces colonies ont ensuite réalisé une meilleure récolte que les colonies non traitées dont le niveau d’infestation était supérieur au seuil d’intervention.

Un traitement efficace en saison mais présentant des risques pour la qualité du miel

Au moment des traitements de printemps, les ruches étaient équipées de hausses pour donner aux colonies l’espace nécessaire pour héberger le nombre d’abeilles en accroissement à cette époque de l’année. Pour tous les ruchers expérimentaux les miellées n’ont commencé qu’après le retrait des lanières MAQS® et la fin des sublimations d’acide oxalique. Pour autant l’application de traitements acaricides pendant la saison de production de miel est déconseillée. Il est donc indispensable de vérifier en quoi cette entorse aux bonnes pratiques apicoles peut affecter la qualité du miel produit.

Il n’existe pas de limite maximale de résidus (LMR) pour l’AO et l’AF dans le miel, mais d’après le Codex Alimentarius les teneurs ne doivent pas altérer le goût du miel et aucun composé ne peut lui être retiré ou ajouté. Les seuils de perception gustatif ont été déterminés comme variant de 150 à 600 ppm (mg/kg) pour l’AF et de 300 à 900 ppm pour l’AO, selon le type de miel et la puissance de ses arômes (Bogdanov et al., 1999). Les analyses ont été réalisées par les laboratoires « Famille Michaud » dont les rapports se basent sur les « valeurs usuelles » d’AO et d’AF dans le miel, issues de la bibliographie : valeurs maximales pour l’AO de 25 ppm pour un miel toutes fleurs et de 70 ppm pour un miel de miellat ; Concernant l’AF la valeur maximale est de 41 ppm pour un miel toutes fleurs et 93 ppm pour un miel de miellat. Enfin la quantité totale d’acidité dite « libre » ne doit pas dépasser 50 milliéquivalents ou milli mole par kilo de miel d’après la directive européenne 2001/110/CE-2014/63/UE.

Les prélèvements ont été réalisés lors de la première récolte qui a suivi les traitements : entre la mi-mai et début août (Cf. tableau 1) dans un contexte où certain ruchers n’ont pu réaliser qu’une seule production dans la saison. Ainsi le délai est parfois important entre le traitement et le prélèvement : de 12 à 91 jours.

Les échantillons issus de ruches traitées MAQS® présentent une teneur en acide formique supérieure à la valeur usuelle dans 8 analyses sur 14, soit 57 % des cas (Cf. tableau 2) ; Les concentrations sont alors considérées comme non usuelles. Par ailleurs l’acide formique est systématiquement quantifié à des valeurs usuellement rencontrée, pour tous les autres échantillons issus de ruches traitées MAQS® ainsi que dans 2 échantillons sur 15 des colonies traitées à l’acide oxalique ou des colonies témoin. Le miel peut en effet contenir naturellement une quantité non négligeable d’acide formique et le traitement MAQS® l’augmente et peut rendre la production non commercialisable. On peut cependant remarquer que les teneurs en acide formique dosées dans le miel se réduisent lorsque le délai entre le traitement et le prélèvement augmente (Cf. tableaux 1 et 2).

Les teneurs d’acide oxalique dans les échantillons analysés sont non détectables pour la plupart des prélèvements réalisés dans les ruches traitées à l’acide oxalique di hydrate par sublimation. L’acide oxalique a pu être dosé dans 3 échantillons sur 15 (20 %) mais les teneurs se maintiennent dans les valeurs usuellement rencontrées. Enfin la teneur en AO est non détectables dans les échantillons issus des ruches traitées MAQS® ou des ruches témoin.

La teneur en acidité libre ne dépasse jamais la limite de 50 mmol/kg (ou meq) pour l’ensemble des échantillons analysés : les résultats des analyses physico-chimiques (acidité libre) sont tous conformes aux exigences de la directive européenne, pour les ruches traitées avec MAQS® comme pour les ruches traitées par sublimation et les ruches non traitées.

Ainsi, pour les deux modalités de traitement testées, seul le traitement MAQS® présente un risque important d’enrichissement du miel en acide formique au-delà des valeurs usuelles. Charrière et al. (2012) ont alerté sur la présence de résidus d’acide formique dans le miel suite à un traitement contre Varroa en cours de saison. Ainsi l’emploi du MAQS® comme traitement de rattrapage au printemps est à réserver aux colonies trop fortement infestées mais qui doivent alors être retirées du circuit de production : même la production d’été pouvant être polluée malgré le délai entre l’application du traitement et la récolte du miel.

Tableau 1 : dates de réalisation des traitements, de prélèvement d’échantillons de miel pour l’analyse et délais entre le traitement et le prélèvement de miel, selon les ruchers expérimentaux.

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Tableau 2 : résultats de l’analyse date des prélèvements de miel et résultats de l’analyse pour la détection et la quantification de l’acide oxalique, l’acide formique et l’acidité libre dans le miel selon le traitement réalisé au printemps. Pour les ruchers d’Aquitaine et de Languedoc Roussillon les prélèvements ont été divisés en trois aliquotes afin de répéter les analyses.

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Conclusion :

L’emploi du MAQS® au printemps (mi-fin avril), à la différence de la sublimation répétée d’acide oxalique en présence de couvain, a permis de réduire l’infestation des colonies pendant deux mois et jusqu’au début de la miellée d’été (fin juin / début juillet). Bien qu’appliqué au printemps à des températures qui ont dépassé ponctuellement la limite préconisée de 29,5°C, les colonies traitées au MAQS® n’ont pas montré de dysfonctionnements majeurs (arrêt de ponte, élevage de cellules royales ou mortalité des colonies) par rapport aux colonies non traitées. Cependant l’emploi d’acide formique a eu un impact sur la dynamique des colonies qui présentaient fin mai / début juin, soit un mois après le traitement, environ 20% d’abeilles en moins ainsi qu’une régression du couvain operculé. Les colonies traitées MAQS® ont vu leurs performances améliorées lors de la miellée d’été qu’elles ont pu commencer avec moins de 3 VP/100° ab, à la différence des colonies non traitées ou traitées à l’acide oxalique. Cependant, l’emploi du MAQS® en cours de saison doit être dissocié de la production de miel : plusieurs expérimentations concernant l’emploi d’acide formique au printemps contre Varroa, comme pour le traitement des hausses contre la fausse teigne, révèlent des résidus d’AF dans le miel produit par la suite. Une période de plusieurs mois (typiquement : la période d’hivernage suite à son emploi en fin d’été) est nécessaire afin d’éviter tout risques d’accumulation d’acide formique dans le miel.

Résumé :

Lors de l’expérimentation réalisée au cours de l’année 2016 sur plus de 300 colonies, le niveau d’infestation moyen était de plus de 1 VP/100 ab en avril. L’emploi du MAQS® (acide formique) a permis de réduire l’infestation des colonies pendant une période de deux mois environ, jusqu’à fin juin/début juillet, et leur a permis de débuter la miellée d’été avec moins de 3 VP/100 ab. Au contraire, les colonies traitées par sublimation répétée d’acide oxalique en présence de couvain ont débuté la miellée d’été avec une infestation supérieure à 3 VP/100 ab, comme les colonies non traitées. L’effet du traitement de printemps à l’acide formique sur l’infestation s’est ensuite résorbé et n’était plus visible à la fin de l’été. Il n’était donc pas envisageable de faire l’impasse sur les interventions de fin d’été malgré la réduction d’infestation obtenue au printemps. La réduction de l’infestation en deçà de 3 VP/100 ab s’est accompagnée d’une meilleure production des colonies au cours de la miellée d’été. Cependant, le traitement MAQS® au printemps a augmenté la teneur en acide formique du miel, même produit plus tard en été, venant consolider les constats faits dans d’autres expérimentations : traiter (à l’acide formique) ou produire, il faut choisir !

Remerciements : les données ont été obtenues dans le cadre d’une expérimentation coordonnée par l’ITSAP-Institut de l’abeille et financée par FranceAgriMer (fiche expérimentation) ainsi que les Régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et PACA. L’ITSAP-Institut de l’abeille remercie les personnes ayant participé à cette étude : Léa Frontero à l’ADAAQ (Aquitaine), Julie Hernandez et Alban Maisonnasse à l’ADAPI (Provence-Alpes-Côte d’Azur), Nadège Boulay, Pauline Arneodo et Loïc Caron à l’ADAPro LR (Languedoc-Roussillon), Alexis Ballis à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Les mises en forme des graphes et les analyses statistiques ont été réalisées par Alexandre Dangléant (ITSAP-Institut de l’abeille).

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Notes :

(1) Le niveau d’infestation d’une colonie peut être évalué par plusieurs méthodes : lavage d’un échantillon d’abeilles adultes, suivi de la mortalité naturelle relevée sur lange ou dénombrement sur lange suite à un traitement d’épreuve. Le critère retenu dans nos expérimentations est le pourcentage de varroas phorétiques pour cent abeilles (VP/100 ab). La méthode pour obtenir cet indicateur est décrite dans la fiche technique accessible sur http://www.itsap.asso.fr/downloads/fiche_technique_lavage_dabeilles_itsap.pdf

(2) Voir la fiche technique « Retour d’expérience et préconisations d’usage du nouveau médicament anti-Varroa MAQS® » sur http://itsap.asso.fr/downloads/publications/fiche_technique_maqs.pdf

(3) Les moyennes sont comparées sur la base du calcul de leur intervalle de confiance (IC95%), indiquant la plage de valeurs dans laquelle la moyenne se situe en fonction de la variabilité des valeurs obtenues dans la population observée. Lorsque ces intervalles de confiance se recoupent, les moyennes des deux modalités sont considérées comme équivalentes. Lorsque les IC95% s’excluent, les moyennes sont considérées comme différentes.

(4) Différence significative sur la base de l’exclusion des IC 95% du gain de poids moyen de ces deux lots de colonies.

(5) Limite de détection : LOD = 10 mg/kg ou ppm et Limite de quantification : LOQ = 25 ppm pour l’acide formique et l’acide oxalique.

Bibliographie :

Bogdanov, S; Kilchenmann, V; Fluri, P; Bühler, U; Lavanchy, P (1999). Influence of organic acids and components of essential oils on honey taste. Swiss Bee Research Centre. 6 p.

Bogdanov, S; Charriere, JD; Imdorf, A; Kilchenmann, V; Fluri, P (2002). Determination of residues in honey after treatments with formic and oxalic acid under field conditions. Apidologie. WOS:000177762100005

Charrière, JD; Dietemann, V (2012). Un traitement à l’acide formique entre deux récoltes est à déconseiller ! Revue Suisse d’apiculture n°11-12. P 17-20.

Cornelissen, B; Donders, J; van Stratum, P; Blacquiere, T; van Dooremalen, C (2012). Queen survival and oxalic acid residues in sugar stores after summer application against Varroa destructor in honey bees (Apis mellifera). JOURNAL OF APICULTURAL RESEARCH. WOS:000306070300008

Emsen, B; Dodologlu, A (2009). The Effects of Using Different Organic Compounds against Honey Bee Mite (Varroa destructor Anderson and Trueman) on Colony Developments of Honey Bee (Apis mellifera L.) and Residue Levels in Honey. JOURNAL OF ANIMAL AND VETERINARY ADVANCES. WOS:000265889000034

Giovenazzo, P; Dubreuil, P (2011). Evaluation of spring organic treatments against Varroa destructor (Acari: Varroidae) in honey bee Apis mellifera (Hymenoptera: Apidae) colonies in eastern Canada. EXPERIMENTAL AND APPLIED ACAROLOGY. WOS:000293552400004

Gregorc, A; Adamczyk, J; Kapun, S; Planinc, I (2016). Integrated varroa control in honey bee (Apis mellifera carnica) colonies with or without brood. JOURNAL OF APICULTURAL RESEARCH. WOS:000386835100008

Rosenkranz, P; Aumeier, P; Ziegelmann, B (2010).Biology and control of Varroa destructor. Journ. Of Invert. Pathol. 103 (2010) S96-S119. https://doi.org/10.1016/j.jip.2009.07.016

Dernière mise à jour

2017-06-09 17:11:47

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