L’ITSAP participe à une mission sur l’apiculture en Ukraine

L’ITSAP et France AgriMer ont participé au premier forum du miel ukrainien co-organisé par la Chambre de commerce d’Ukraine et la fédération des producteurs de miel avec l’appui de l’ambassade de France. A l’invitation de Nicolas Perrin, conseiller agricole de l’ambassade de France en Ukraine, Thomas Mollet (Président de l’ADAAQ, vice-Président de l’ITSAP en charge du secteur sanitaire et de la qualité des produits) et Julien Vallon (responsable des thématiques bioagresseurs à l’ITSAP) ont accompagné Isabelle Chibon-Tailhan (déléguée de la filière apicole à FranceAgriMer) pour intervenir au cours de ce forum qui s’est tenu le 18 octobre 2017 à Kiev. Une occasion de partager nos expériences et découvrir le fonctionnement de la filière apicole de ce pays qui est passé l’an dernier devant l’Argentine en tant qu’exportateur de miel vers la France. Au programme du forum : gouvernance de filière, valorisation des miels et gestion des enjeux sanitaires. Le lendemain, les visites de l’Institut d’apiculture, de l’entreprise Bikiper company ainsi que de l’exploitation d’un apiculteur professionnel sont venus compléter le panorama d’un secteur d’activité au fort potentiel de développement et de structuration, mais encore livré à lui-même.

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La production de miel en Ukraine, un secteur dynamique dans une économie mondialisée

L’Ukraine est le plus grand pays agricole du continent européen où d’immenses fermes privatisées par des investisseurs ont fait suite à l’époque des kolkhozes et côtoient de nombreux producteurs vivriers plus ou moins diversifiés. En 2016 les produits agricoles représentent 12% des 800 Mds€ du PIB national ukrainien[1] et sont très demandés pour l’import dans l’Union Européenne. L’Ukraine a signé récemment des accords de commerce avec le Canada et l’Europe afin de déterminer des contingents (volumes non soumis à tarification douanière) pour les produits agricoles et favoriser leur exportation. Signe de la forte attractivité du miel ukrainien : en 2017 les contingents européens pour ce produit étaient atteints dès le 11 janvier !

Pour les autorités ukrainiennes et leur vice-ministre de la politique agraire en charge des questions de l’intégration européenne, Olga Trofimtseva, il reste encore un important travail pour réduire les problèmes d’accès aux marchés européens des exportateurs agricoles ukrainiens. L’enjeu est de taille : soutenir la modernisation de l’économie agricole basée sur le soutien aux petits producteurs et stimuler le développement rural.

Chiffres clé :

Le pays compte environ 400 000 apiculteurs et a produit 80 000 tonnes de miel en 2016.
En 2015, 25 à 30 000 tonnes de miel étaient destinés au marché intérieur et 36 000 tonnes à l’exportation.
En 2016, 75% des exportation s de miel Ukrainien avaient pour destination l’Europe. Les contingents à l’exportation vers l’U.E. étaient de 5 200 tonnes en 2017 (contre 5 000 tonnes en 2016).
Avec 4 627 tonnes de miel, l’Ukraine est le troisième importateur de miel en France derrière l’Espagne et la Chine.
En moyenne, le prix à l’import du miel ukrainien était de 2€/kg en 2015.
Beehive est l’exemple du type de structure apicole qui peut être amené à se développer en Ukraine : cette entreprise a récemment créé une unité de conditionnement permettant de traiter 16 000 tonnes de miel par an. 16 000 tonnes c’est le volume de miel produit par la France en 2016.

(Tirés du CR de mission de Nicolas Perrin, conseiller agricole de l’ambassade de France en Ukraine[JV1] )

Le miel : une production stratégique pour le développement rural et la rentrée de devises

Ruches_Ukraine_2D’un avis partagé entre les représentants officiels présents (Président de la Chambre de commerce, Vice-ministre de l’agriculture, Présidente de l’Union de la fraternité des apiculteurs) le miel est une production à forte valeur culturelle et stratégique pour le développement rural mais aussi la rentrée de devises. Pour les autorités, les objectifs pour la filière sont d’augmenter le nombre de colonies mais aussi leur productivité, valoriser la pollinisation ainsi que d’améliorer la prophylaxie et la situation sanitaire du rucher « Ukraine ». En effet des phénomènes de mortalités de butineuses apparaissent depuis 2016 et les pratiques phytosanitaires sont pointées du doigt. Les autorités œuvrent donc à organiser des réunions d’échanges entre cultivateurs et apiculteurs pour assurer la protection des abeilles. Par ailleurs elles souhaitent durcir les conditions d’importation des substances vétérinaires en provenance de Russie qui représentent selon elles une menace pour la qualité des miels produits et leur exportation (en 2016 la présence d’antibiotiques dans certains lots de miel a stoppé les exportations vers la République tchèque). Plus généralement ces objectifs se heurtent encore à des problèmes structurels : la sous déclaration des apiculteurs et de leur l’activité et l’absence de structuration de la filière mais aussi l’alignement des normes sanitaires et des réglementations ukrainiennes avec celles de l’Union Européenne.

Le secteur est caractérisé par une atomisation des entités de production et un très faible niveau de professionnalisation : environ 98% du miel est produit sur de petites exploitations et moins de 2% par des entreprises agricoles selon le vice-ministre de l’agriculture. Traditionnellement les petits producteurs commercialisent peu leur miel en direct mais préfèrent s’adresser à des collecteurs pour vendre rapidement leur production. Sur le marché intérieur les miels sont peu valorisés selon leur qualité ou leur spécificité et la commercialisation de la quasi-totalité de leur production est une facilité pour les petits producteurs (pour lesquels le miel est une source de revenus parmi d’autres). Pourtant l’Ukraine possède une diversité de paysages qui permet une diversification et une valorisation des miels produits selon la région de production, l’appellation florale ou tout autre indicateur de qualité.

Des producteurs soucieux de s’organiser pour mieux valoriser leur production.

Mais les prix fixés par les collecteurs sont généralement trop bas pour être réellement rémunérateurs d’après l’Union de la fraternité des apiculteurs d’Ukraine et sa Présidente Tetyana Vasylkivska qui réclame l’accès direct des producteurs aux marchés à l’export pour améliorer leur rémunération. En effet les exportations sont entre les mains d’une soixantaine de sociétés qui connaissent les législations et les normes européennes, répondent aux exigences de la règlementation en se déclarant et en faisant réaliser les analyses de laboratoire requises, en constituant les volumes nécessaires et en détenant une autorisation pour exporter. L’apiculture Ukrainienne se caractérise par une forte augmentation des volumes de miel produits (+34%) et exportés (volumes multipliées par 4) depuis une quinzaine d’années. Les marchés visés sont l’Europe, le Canada mais aussi les Etats-Unis et la Chine. Ce dynamisme de l’exportation se concrétise par l’apparition d’entreprises intégrant les aspects de production en quantité et en qualité et l’introduction de nouveaux standards (segmentation du marché du miel, valorisation de miels spécifiques ou monofloraux, développement de marques, etc.) pour le marché intérieur mais aussi à l’export.

Face à ces évolutions, la Fédération des producteurs de miel appelle tous les apiculteurs à s’organiser dans une structure nationale pouvant être l’interlocuteur des autorités afin de traiter les questions essentielles pour la filière : définition du statut de producteur, aspects réglementaires et sanitaires, traçabilité, qualité et valorisation des miels, accès à l’exportation afin de permettre aussi une juste rémunération pour les petits producteurs ainsi que les problématiques sanitaires.

Des visites programmées pour compléter cet aperçu de l’activité apicole en Ukraine.

Première visite : l’Institut d’apiculture emploi une centaine de personnes sur des thématiques techniques (moyens de production, caractérisation des ressources florales et programme de sélection), sanitaires (expérimentation de médicaments) et technico-économique bien que l’ensemble des travaux n’ait pas pu être abordé au cours de la visite. Le programme de sélection se base sur les races locales : l’abeille de Steppes et l’abeille de Carpates, et vise à améliorer la production des colonies ainsi que leur survie hivernale à partir d’un cheptel élevé sur une station délocalisée de l’Institut, dans les zones de production. Si l’éventail des sujets traités couvre les attentes des apiculteurs, les moyens restent réduits et l’Institut de Kiev est à la recherche de partenariats techniques (suivi des miellées, qualité des cires) et financiers pour maintenir et développer ses activités.

Les visites se sont poursuivies par la visite de l’entreprise Bikiper company située dans la région de Kiev et qui développe ses activités tout azimut autour de l’apiculture : production de miel mais aussi api-thérapie, fabrication de matériel apicole et un important atelier de façonnage de la cire. La question de la qualité de la cire a été abordé : les lots ne donnant pas satisfaction pour l’atelier de gaufrage sont recyclés dans une chaine de production de cierges, mais le principal problème réside dans la présence de résidus de fluvalinate et l’absence de procédé permettant d’en débarrasser les cires. Par ailleurs, l’entreprise a développé un procédé permettant l’incorporation de propolis dans les feuilles de cire gaufrées à des fins sanitaires (lutte contre les maladies du couvain), et cherche à expérimenter et produire des références sur l’efficacité de cette méthode de prophylaxie.

Enfin la visite d’un apiculteur professionnel a permis de revenir sur les attentes exprimées au cours du forum : mieux valoriser le miel sur le marché intérieur et accéder directement au marché d’export, ainsi que, plus globalement, la structuration de la filière. Concernant les pratiques apicoles, les ruches hivernées sont issues du rassemblement de deux colonies, séparées dans la ruche par une grille à reine, et pourvues de deux reines (technique polonaise). Cette technique permet d’améliorer l’hivernage d’après l’apiculteur qui témoigne d’un taux de pertes hivernales de 0,5 % lors d’hivers courts et de 2% lors d’hivers longs. Elle est aussi employée en période de production sur un tiers du cheptel (avec une tendance à augmenter cette proportion), avec une certaine efficacité : une colonie comportant deux reines et partitionnée peut produire jusqu’à 150 kg dans l’année. Alors qu’il déplore une production réduite cette année (de l’ordre de 10 tonnes), la production moyenne annuelle annoncée par ce producteur est de 20 tonnes avec 200 colonies en production, grâce à des ressources abondantes. Ainsi, avec deux personnes pour exploiter le cheptel cette exploitation se classe parmi les plus importantes en Ukraine. Il a vendu sa récolte au collecteur à niveau de 1,06 dollars par kilogramme . A côté des exploitations apicoles traditionnelles se développent des entreprises comme « BeeHive » ou « Medovi Braty » qui d’une part accompagnent des producteurs sous contrat pour diversifier les types de miel produits et s’assurer d’un niveau de qualité attendu, et d’autre part centralise de gros volumes, les conditionnent et valorisent les miels produits sur les marchés intérieur ou extérieur. Ces entreprises s’inspirent d’une approche éprouvée pour pouvoir concurrencer les produits commercialisés dans l’Union européenne. Le marché intérieur présentant un faible pouvoir attractif actuellement.

Conclusion :

L’exportation de miel représente une opportunité économique de première importance pour l’Ukraine. Autorités et organisation d’apiculteurs partagent les mêmes objectifs : organiser la production, rationaliser les pratiques apicoles, augmenter la quantité et améliorer sa valorisation par la promotion de la qualité. Alors que l’aval de la filière est déjà tourné vers l’exportation, l’objectif de développement rural par l’accès direct aux marchés extérieurs de tous les apiculteurs nécessite encore qu’ils s’organisent collectivement. Sans cela, l’accès aux marchés extérieurs ne permettra pas d’augmenter leur rémunération alors qu’actuellement l’Ukraine met sur le marché international un miel de qualité à un prix défiant toute concurrence. En retour, l’Ukraine représente un marché important sur lequel peuvent s’implanter des fournisseurs de matériel ou se développer des productions spécialisées qui nécessiteront un accompagnement technique auquel la France peut prendre sa part. Les démarches d’accompagnement entreprises par l’ambassade de France sur place visent actuellement à améliorer la qualité et la valorisation du miel par l’accompagnement de la mise en place de signes de qualité et la vulgarisation des normes internationales.

Auteurs : Julien vallon et Thomas Mollet

Contact : julien.vallon@itsap.asso.fr

[1] La Lettre agricole de Kiev n°7 – 1er octobre 2017.

 [JV1]à mettre en lien de l’article

Dernière mise à jour

2018-01-19 10:23:06