La pollinisation des cultures à l’échelle nationale : comparaison besoins, disponibilités en colonies d’abeilles domestiques

La pollinisation reste un préambule indispensable à la reproduction sexuée des plantes à fleurs. Les insectes pollinisateurs jouent également un rôle essentiel dans la reproduction de nombreuses espèces cultivées et sauvages ainsi que dans l’amélioration des cultures en termes de rendements et de qualité.

Le déclin des abeilles sauvages et domestiques soulève la double question de l’évaluation des besoins de l’agriculture en insectes pollinisateurs et des colonies potentiellement disponibles pour répondre à ces besoins, ainsi que de l’évaluation de l’importance économique des pollinisateurs.

Notre travail a d’abord consisté à collecter des données sur les cultures entomophiles en France, au niveau national et régional entre 2000 et 2009 (surfaces, productions, prix producteurs, ratio de dépendance des cultures à la pollinisation et charge conseillée en colonie d’abeilles domestiques).

Pour estimer les surfaces et la composition des jardins potagers et vergers des particuliers, nous nous sommes appuyés sur six enquêtes différentes. Ce travail nous a permis de constituer une base de données qui nous a fourni toutes les informations requises et nous a permis d’évaluer les besoins de ces jardins en pollinisateurs pour chaque culture.

En France métropolitaine, on estime pour 2008 que la pollinisation de ces cultures nécessite au minimum la présence de 2 millions de colonies d’abeilles et en moyenne, de 5,2 millions de colonies d’abeilles. Par catégorie de culture, il ressort de l’étude que les oléoprotéagineux représentent 83 % des besoins, les 17 % restant rassemblant toutes les autres catégories de cultures. La pollinisation contractualisée concerne toutefois en majorité les fruits (50 % des besoins) et les semences fourragères.

L’évolution des surfaces de cultures entomophiles entre 2000 et 2009 montre une certaine stabilité des surfaces de légumes, tandis que la courbe des oléo-protéagineux apparaît beaucoup plus irrégulière. Entre 2000 et 2009, on enregistre une perte de 25 000 hectares de cultures arboricoles, tandis que la courbe des oléagineux révèle une forte augmentation. Enfin, les courbes des semences potagères et des fruits à coque restent stables. Toutes cultures confondues, entre 2000 et 2009, les surfaces de cultures entomophiles s’accroissent de 14 %.

Parallèlement, nous nous sommes efforcés d’évaluer le nombre d’insectes pollinisateurs entre 2000 et 2009 en considérant que toutes les colonies recensées étaient potentiellement disponibles pour assurer la pollinisation des cultures. Nous arrivons à la conclusion que le nombre de colonies potentiellement disponibles (correspondant au cheptel apicole national) est égal à 1,34 million de colonies, tandis que les besoins en pollinisateurs domestiqués s’établissent en moyenne à 5,2 millions.

Le rapport de presque 4, de cette évaluation relativement simplificatrice de la réalité, montre qu’il est nécessaire de mieux préciser la demande et l’offre réelles, sachant que toutes les surfaces de cultures entomophiles n’accueillent pas de colonies d’abeilles domestiques, que la charge en colonies est à adapter en fonction de plusieurs facteurs, et qu’une colonie peut être utilisée pour différentes prestations dans l’année. En outre, toutes les colonies ne sont pas contractualisées en prestation de pollinisation. Pour poursuivre dans ce sens, nous avons donc réalisé trois enquêtes multisites :

Il en résulte notamment que pour certaines cultures, les agriculteurs ont tendance à faire appel à des bourdons, sans que l’intérêt économique de la démarche ne soit réellement démontré.

D’autre part, pour mieux connaître les pratiques et mieux répondre aux besoins des multiplicateurs de semences, nous avons créé un outil informatique visant à mettre en relation agriculteurs et apiculteurs : www.beewapi.com.

Un travail similaire, d’évaluation au niveau européen de l’évolution des besoins et des disponibilités en insectes pollinisateurs entre 2005 et 2010. Il en ressort que la demande est considérable étant donné l’accroissement des surfaces de cultures oléagineuses. À l’inverse, le nombre de colonies disponibles par hectare de culture entomophile est très réduit et accuse en outre une baisse marquée. En France, 50 à 75 % des besoins étaient couverts en 2005, contre 25 à 49 % en 2010.

Partenariat

ITSAP-Institut de l’abeille, UMT PrADE, Avignon

INRA, Pollinisation et écologie des abeilles, UR 406 Abeilles et Environnement & UMT PrADE, Avignon

Dernière mise à jour

2014-08-07 14:31:55

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