L’élevage dans les exploitations apicoles professionnelles, une diversité de stratégies et de pratiques.

Cet article se base sur les données du Réseau d’exploitation apicoles de référence sur les années de production de 2011 à 2014. Il vise à décrire la place de l’activité d’élevage dans les exploitations, ainsi que la diversité des techniques employées. Les données ont été récoltées par les associations de développement apicole des régions Auvergne, Aquitaine, Bretagne, Bourgogne, Centre, Franche-Comté, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Nord-Picardie, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Rhône-Alpes, ainsi que par le Syndicat AOP Miel de Corse et le Groupement des Producteurs de Gelée Royale.

Le réseau d’exploitations de référence sur la filière apicole professionnelle a été mis en place en 2012. Son objectif est d’avoir une description technique et économique de l’apiculture professionnelle française dans sa diversité, de fournir des éléments d’aide à la décision aux apiculteurs, aux techniciens, aux responsables régionaux et nationaux, ainsi que d’enrichir les données disponibles pour les centres de formation. Au total, 81 exploitations différentes ont été enquêtées, dont 61 ont été enquêtées sur plusieurs années.
Pour les apiculteurs enquêtés plusieurs années, la dernière année d’enquête sert de référence.

L’élevage en apiculture : des objectifs multiples

L’activité d’élevage dans les exploitations apicoles doit permettre de gérer le renouvellement du cheptel apicole (incluant la compensation des pertes), son éventuel développement, et de maintenir un cheptel productif, notamment à travers le contrôle de sa génétique. Les enjeux stratégiques de cette activité induisent une structuration des ateliers d’élevage dans les exploitations selon un arbitrage technique et économique :

– une maîtrise plus ou moins importante de sa génétique ;
– une autosuffisance nulle, partielle, ou totale pour le renouvellement ;
– un temps de travail plus ou moins important.

Certains apiculteurs développent l’élevage pour la vente dans un but économique de diversification ou de spécialisation de leurs revenus. Cette offre de produits d’élevage français rencontre une demande croissante (FranceAgriMer, 2010) et a été décrit comme un grand enjeu de la profession dans le Plan de développement durable de l’apiculture qui propose de « développer l’élevage au sein de chaque exploitation, de renforcer la filière « élevage de reines et d’essaims » (MAAF, 2013).

Le renouvellement et la sélection du cheptel

Les colonies étant les outils de production de l’apiculteur, leur nombre et leur qualité impactent la production.

Pertes, effort de reconstitution et de développement du cheptel.

Sur l’échantillon enquêté de 2011 à 2014, les pertes hivernales sont comprises entre 2 et 60 % des colonies hivernées, avec une médiane à 15 % et une moyenne à 17,6 %. En comparaison, les pertes hivernales ont été estimées entre 2008 et 2015 en moyenne annuelle en France entre 15,2 % et 29,2 %, selon les données de l’enquête « pertes hivernales » de l’ITSAP-Institut de l’abeille. (Vallon, 2015). Ces pertes sont très variables d’une exploitation à l’autre, mais aussi selon les années. Les différences atteignent jusqu’à 45 points entre deux années d’enquête pour une même exploitation, c’est-à-dire que le taux de pertes hivernales d’une exploitation est passé de 9 % à 54 % entre deux années.

Peu de données sont disponibles sur les pertes en saison. Celles-ci sont très irrégulières mais peuvent représenter une part importante du cheptel : dans le réseau, les pertes causées par des pathogènes, des maladies, des intoxications, ou par des évènements exceptionnels (tempêtes, vols…) sont généralement faibles (4 % du cheptel hiverné par exploitation en moyenne), mais peuvent atteindre 52 % du cheptel amené en hivernage.

L’enjeu pour les exploitations est d’arriver, a minima, à compenser les pertes subies tout au long de l’année, et de multiplier les meilleures ruches. Pour cela, les apiculteurs peuvent :

anticiper en intégrant ces pertes dans leurs objectifs d’élevage (sélection et augmentation du nombre de colonies hivernées, planification de l’élevage pour avoir des reines ou des essaims disponibles en cas de besoin) ;

compenser les pertes en achetant des essaims et/ou des reines en début de saison.

Dans notre échantillon, la plupart des apiculteurs ont maintenu ou augmenté leur cheptel au cours des années. Cependant, 9 exploitations ont subi une diminution significative (supérieure à 15 %) de leur cheptel hiverné au moins une année du fait de fortes pertes hivernales, ou de saison. Deux autres exploitations ont réduit intentionnellement leur cheptel.

Le renouvellement des reines

Le renouvellement des reines du cheptel apicole sert à compenser et anticiper les affaiblissements du cheptel, il comprend :

la création de nouveaux essaims qui, par essence, ont des reines de l’année, et qui permet de combler les pertes de colonies et d’éventuellement accroître la taille du cheptel ;

le remérage des colonies en production, qui permet de maîtriser la génétique et de conserver des colonies dynamiques.

Le taux de renouvellement des reines est défini comme le ratio entre le nombre de colonies rentrées en hivernage avec des reines de l’année et le nombre total de colonies rentrées en hivernage. 56 % des apiculteurs du réseau ont l’objectif de renouveler au moins 50 % de leurs reines chaque année, ce qui correspond à n’avoir que des reines âgées d’au maximum deux ans. Dans les trois-quarts des cas, les apiculteurs atteignent ou dépassent leurs objectifs de renouvellement (avec un écart maximal de 10 %). La proportion passe à seulement 40 % d’atteinte de l’objectif pour les apiculteurs qui visent un taux de renouvellement supérieur à 60 % du cheptel.

La figure 1 présente le taux de renouvellement pratiqué par les apiculteurs du réseau. Environ 45 % des apiculteurs renouvellent 40 à 60 % de leurs reines chaque année, le reste se répartit entre les deux extrêmes. Les taux de renouvellement faibles peuvent s’expliquer en partie par des taux de pertes hivernales faibles ou une diminution de la taille du cheptel.

Les valeurs de renouvellement élevées peuvent s’expliquer :

dans le cas d’une forte production d’essaims, par des pertes élevées ou un accroissement de la taille du cheptel ;

dans le cas d’un fort taux de remérage des colonies de production, par la volonté de maintenir des reines jeunes considérées comme plus dynamiques.

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Figure 1 : Taux de renouvellement des reines pratiqués par les apiculteurs du réseau. Données : dernière année d’enquête de chaque exploitation (n=77).

Pour répondre à leurs objectifs de renouvellement, les apiculteurs ont de multiples possibilités. Les choix techniques vont avoir un impact sur la quantité de reines et d’essaims produits, le temps de travail et le niveau de technique nécessaires, ainsi que sur la qualité du cheptel (sélection plus ou moins forte).

Critères de sélection des colonies

Pour garantir et contrôler la qualité du cheptel, les apiculteurs sélectionnent les colonies souches selon des critères qu’ils considèrent comme prioritaires. Les principaux critères sont :

la production, citée par près de 75 % des apiculteurs du réseau ;

les aspects sanitaires (résistance aux maladies, comportement hygiénique, tolérance à varroa) et la rusticité, pris en compte par 46 % des apiculteurs du réseau ;

la douceur, citée par 37 % des apiculteurs du réseau ;

le dynamisme et la qualité de la ponte, cités par 36 % des apiculteurs du réseau.

La figure 2 détaille les raisons évoquées par les apiculteurs du réseau.

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Figure 2 : Critères de sélection des colonies souches cités par les apiculteurs du réseau (n=81).

La commercialisation de produits d’élevage

Selon l’audit de la filière apicole de 2010 mené par FranceAgriMer, le nombre d’apiculteurs éleveurs commercialisant des produits d’élevage est estimé à 500 en France, dont 80 principaux vendant de 30 à 4 000 équivalents reines . Ce marché ne représentait que 3,9 % du chiffre d’affaires apicole national en 2010 (audit Protéis, 2012) et est amené à se développer du fait des difficultés que rencontrent aujourd’hui les apiculteurs : taux de pertes hivernales élevés, affaiblissements des colonies en saison, anomalies liées aux reines, baisses de récoltes de miel, qui ont des causes multiples. (Chiron & Hattenberger, 2008).

Part de l’élevage dans le chiffre d’affaires des exploitations

La figure 3 présente la part du chiffre d’affaires lié aux produits d’élevage pour les exploitations du réseau d’exploitations de référence.

Sur les 81 exploitations du réseau :

image00384 % ne vendent pas de produits d’élevage ou seulement de manière ponctuelle, en fonction de leur production et de leurs besoins. Ces ventes représentent alors au maximum 5 % de leur chiffre d’affaires.

5 apiculteurs sur 81 ont des ventes régulières de produits d’élevage qui représentent plus de 10 % de leurs chiffres d’affaires. Pour deux d’entre eux, la vente de produits d’élevage constitue plus de 50 % du chiffre d’affaires.

Enfin, 8 apiculteurs ont des ventes qui représentent 5 à 15 % du chiffre d’affaires de l’exploitation mais sont irrégulières. Ces ventes sont expliquées par un changement d’orientation (intégration d’un atelier d’élevage ou au contraire réduction du cheptel et vente de colonies), ou bien par une année exceptionnelle (par exemple la production de nombreux essaims et peu de pertes).

Les produits vendus par les exploitations

Le degré de spécialisation en élevage de l’exploitation conditionne le nombre et le type de produits vendus. Ainsi, les deux exploitations spécialisées en élevage représentent plus de la moitié des produits d’élevage vendus par l’ensemble des apiculteurs du réseau, et sont les seules à vendre des reines fécondées en nombre significatif. Les exploitations des autres groupes vendent essentiellement des essaims, et plus rarement des cellules royales. La figure 4 présente le nombre moyen de produits d’élevage vendus par exploitation, selon le type d’exploitation.

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Figure 4 : Nombre moyen et type de produits d’élevage vendus selon la part que représente l’élevage dans le chiffre d’affaires de l’exploitation. L’effectif par groupe est indiqué à droite des bâtons (n=65).

Selon l’audit de FranceAgriMer paru en 2012, certains éleveurs vendent jusqu’à 4 000 équivalents reine ; dans notre échantillon, le maximum est de 1 700 équivalents reine. Les apiculteurs qui vendent des produits d’élevage de manière irrégulière vendent en moyenne 64 unités par exploitation mais peuvent représenter une part non négligeable du marché du fait de leur nombre (audit Protéis, 2012).

Prix des produits d’élevage

Le tableau ci-dessous présente les prix médians hors taxe pratiqués par les apiculteurs du réseau vendant des produits d’élevage en 2013 et 2014, ainsi que leur variabilité (minimum et maximum). La catégorie « essaims sur cadres » comprend à la fois des essaims de l’année, et des essaims hivernés qui sont généralement plus chers.

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Tableau 1 : Prix de vente Hors Taxe des produits d’élevage (données 2013 et 2014)

 Stratégies et méthodes de renouvellement du cheptel

Le renouvellement des colonies par la création et/ou l’achat d’essaims

Afin de compenser les pertes ou d’augmenter la taille du cheptel, il est chaque année nécessaire d’intégrer de nouveaux essaims. Les essaims de l’année représentent 20 à 70 % des colonies hivernées, 40 % en médiane. Ce taux dépend en partie des pertes et de l’état du cheptel.

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94 % des 81 exploitations couvrent leurs besoins annuels en essaims par leur production. Seulement deux exploitations achètent chaque année la totalité de leurs essaims à l’extérieur, une autre exploitation produit moins de 50 % de ses essaims chaque année, et deux exploitations ont acheté plus de 50 % de leurs essaims à l’extérieur au moins une des années d’enquêtes (Figure 5).

Techniques de production des essaims

Dans le réseau, 96 % des apiculteurs produisent leurs essaims par prélèvement ou division de leurs colonies, deux achètent leurs essaims à l’extérieur, et un apiculteur capture la totalité de ses essaims.

La figure 6 caractérise les exploitations selon la technique majoritaire de production ou d’acquisition de leurs essaims (seule la dernière année d’enquête est prise en compte pour chaque exploitation). Sur 79 exploitations :

81 % des apiculteurs produisent leurs essaims et introduisent majoritairement des cellules royales (34 apiculteurs, 4 3 % de l’échantillon) et/ou des reines (64 apiculteurs, 38 % de l’échantillon). La sélection se fait alors à la fois sur la colonie-mère divisée ainsi que sur la colonie souche ;

7 apiculteurs (9 % de l’échantillon) produisent des essaims sans réaliser d’introduction (remérage naturel), la sélection se fait alors uniquement sur la colonie-mère ;

4 apiculteurs (5 % de l’échantillon) ont eu recours à de l’achat d’essaims pour constituer plus de 55 % de leurs essaims, ce qui constitue le plus souvent une garantie de qualité pour les apiculteurs (la génétique achetée est normalement connue) ;

5 % des apiculteurs produisent leurs essaims mais n’introduisent pas systématiquement une reine.

Le choix de la pratique est un compromis entre le délai entre la création de l’essaim et son entrée en production (les premières ouvrières naissent environ 7 semaines après une division sans introduction, environ 3 semaines après une division avec introduction d’une reine fécondée), le temps dédié à l’élevage des reines, et les charges économiques. Le procédé choisit peut ainsi varier selon la période de l’année, les contraintes n’étant pas les mêmes en début et fin de saison.

L’introduction de reines fécondées permet de contrôler la fécondation de la reine. Certains apiculteurs introduisent des cellules royales ou des reines vierges en ruchettes et y contrôlent la fécondation de leurs reines.

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Figure 6 : Technique majoritaire de production des essaims et d’introduction des reines (n=79).
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Figure 7 : Taux de réussite de production d’essaims (n=58 exploitations)

Presque la moitié des apiculteurs combinent au moins deux techniques pour constituer leurs essaims. Ces associations répondent aux contraintes du calendrier apicole, ainsi qu’aux contraintes financières.

Les apiculteurs estiment le taux de réussite de la production d’essaims à 80 % en médiane, après un éventuel rattrapage (figure 7).

 

 

Le renouvellement des reines par remérage des colonies en production

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Figure 8 : Part des colonies de production (hors essaims) remérées parmi les colonies rentrées en hivernage (n=65 exploitations).

Le remérage d’une colonie en production, entendu comme un remplacement de la reine par l’apiculteur hors création d’essaims, est généralement utilisé pour maintenir la qualité de la colonie :

suite au constat d’une défaillance de la reine présente, d’un comportement anormal de la colonie ;

ou bien en prévention, les reines de moins de trois ans étant généralement considérées comme meilleures (meilleure ponte, moins d’essaimage).

Parmi les exploitations du réseau, presque 75 % des apiculteurs ont reméré des colonies en production au moins une année d’enquête. Le nombre de colonies concernées est très variable, la figure 8 présente la part de colonies de production remérées parmi les colonies (ruches et ruchettes) rentrées en hivernage. Cette part est en médiane de 7 % des colonies hivernées, 11 % en moyenne.

Les techniques de remérage des colonies en production

Le remplacement des reines sur les colonies de production (hors création d’essaims) peut se faire soit par orphelinage puis remérage naturel, soit par orphelinage puis introduction de reine au stade choisi, achetée ou produite sur l’exploitation (cellule royale, reine vierge ou fécondée), soit en introduisant un essaim dans une colonie orpheline. La figure 9 présente les techniques utilisées par les apiculteurs sur la dernière année d’enquête pour chaque exploitation du réseau, on ne considère ici que la technique majoritaire utilisée par l’apiculteur.

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Figure 9 : Techniques majoritaires de remérage des colonies de production (n=78 exploitations)

Ainsi, sur 78 exploitations avec des données, 40 % n’ont pas reméré de colonies en production sur la dernière année d’enquête. Sur les 60 % restant :

– 54 % introduisent des reines fécondées ;
– 28 % introduisent des cellules royales ;
– 9 % laissent un remérage naturel avoir lieu après avoir supprimé la reine ;
– 9 % n’ont pas une pratique majoritaire.

Les apiculteurs introduisant des cellules royales ou des reines souhaitent maîtriser la qualité de leurs reines. Comme pour la production d’essaims, les techniques sont souvent combinées pour répondre aux contraintes de l’apiculteur. 8 apiculteurs combinent l’introduction de cellules royales et de reines fécondées, 3 combinent cellules royales et remérage naturel.

Acquisition et production de reines et cellules royales

Les reines et cellules royales introduites dans les nouveaux essaims ou dans les colonies en production peuvent être produites sur l’exploitation ou achetées. Dans le réseau, 85 % des 78 exploitations produisent des reines ou des cellules royales, un quart achète au moins une partie. Les achats concernent majoritairement des reines fécondées.

La production des exploitations

La figure 10 présente les productions des exploitations du réseau.

Figure 10 : Caractérisation des exploitations selon leur production de reines et cellules royales (78 exploitations).
Figure 10 : Caractérisation des exploitations selon leur production de reines et cellules royales (78 exploitations).

La cellule royale est la première production d’élevage des apiculteurs pour le remérage de leurs colonies de production et de leurs essaims. Sur 78 exploitations :

– environ 60 % produisent des cellules royales ;
– 45 % produisent des reines fécondées ;
– 20 % produisent des reines vierges.

Presque la moitié des exploitations du réseau qui produisent des reines combinent l’utilisation de cellules royales et de reines, ou bien de reines fécondées et de reines vierges. La figure 11 présente le nombre de cellules royales et de reines produites par Unité de Travail Humain (UTH) par les exploitations du réseau. Ce chiffre ne correspond pas à la capacité de production mais bien à ce qui est produit pour les besoins de l’exploitation. Le nombre d’exploitations produisant chaque type de produit est indiqué sous chaque box, le tableau 2 précise les valeurs médianes et extrêmes. On observe une grande variabilité du nombre d’unités produites par UTH selon les exploitations (Figure 14).

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Tableau 2 : Production de reines et cellules royales : Nombre produits par unité de travail humain.
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Figure 11 : Nombre de cellules royales et reines produites par unité de travail humain dans les exploitations du réseau (n=65 exploitations) – graphe de répartition des valeurs.

Les outils de production des exploitations

Sur 63 exploitations qui produisent des reines et/ou des cellules royales, le graphique ci-dessous présente le nombre qui utilise une couveuse, l’insémination artificielle, des ruches à mâles, et/ou des nuclei de fécondation. Les éléments les plus couramment cités sont les nuclei de fécondation, utilisés pour la production de reines fécondées (44 apiculteurs, soit 70 %) ; les couveuses qui permettent un gain de temps et d’abeilles pour la production de cellules royales (37 apiculteurs, soit 59 %) ; et les ruches à mâles, qui permettent de contrôler les géniteurs mâles (35 apiculteurs, soit 56 %) (Figure 12). On remarque que 4 exploitations n’utilisent aucun de ces outils, mais ne produisent que des cellules royales, et que 12 apiculteurs citent les nuclei de fécondation sans produire de reines fécondées chaque année.

 

 

 

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Figure 12 : Outils de production et de fécondation des reines dans les exploitations apicoles du réseau (n=63).

Pour la production de reines, les apiculteurs greffent un grand nombre de larves puis sélectionnent ou non les cellules issues du greffage en fonction de leurs besoins (pertes en saison, problèmes de reines). Le ratio entre le nombre de larves greffées et le nombre de reines viables obtenues oscille entre 20 et 80 %, 56 % en médiane.

Conclusion

Cette première analyse des données issues du réseau d’exploitation de référence nous permet de mieux connaître les pratiques d’élevage des apiculteurs. Ainsi, 5 grands groupes d’exploitations se distinguent selon le degré de maîtrise de la génétique du cheptel, la stratégie d’approvisionnement en reines et essaims pour le renouvellement du cheptel, le taux de renouvellement des reines, ainsi que par le niveau de contribution de l’élevage au revenu de l’exploitation :

Groupe 1 : Les apiculteurs qui renouvellent leur cheptel et leur reine par essaimage artificiel, sans introduction de cellules royales ni de reines : Le taux de renouvellement des reines est généralement compris entre 20 et 45 %, avec un maximum de 60 % des colonies amenées en hivernage. Ces pratiques n’ajoutent pas de charges supplémentaires d’élevage .

Les apiculteurs qui cherchent à maîtriser la qualité génétique de leur cheptel, pour cela, ils introduisent des reines choisies dans leurs colonies ou essaims. Ils se sous-divisent en 3 groupes selon le stade de développement des reines introduites, ainsi que selon leur stratégie d’approvisionnement :

Groupe 2 : Les apiculteurs qui achètent plus de la moitié de leurs reines à l’extérieur. Ces achats peuvent venir compléter une production de reines ou de cellules royales insuffisantes. Les apiculteurs de ce groupe produisent moins de 30 reines ou cellules royales par unité de main d’œuvre (Figure 14). Leurs charges d’élevage sont principalement composées des charges d’achat des produits d’élevage et éventuelles charges de nourrissement ;

Les apiculteurs réalisant un élevage de reines : Leurs charges d’élevage sont principalement liées à l’achat de petit équipement d’élevage et éventuelles charges de nourrissement des colonies :

Groupe 3 : Les apiculteurs introduisant et produisant majoritairement des cellules royales (« producteurs de cellules royales »). Ils introduisent majoritairement des cellules royales produites sur l’exploitation dans leurs essaims. En médiane, ce groupe produit plus de 100 cellules royales par UTH (Figure 14) ;

Groupe 4 : Les apiculteurs introduisant et produisant majoritairement des reines (« producteurs de reines »). Ils produisent au moins 50 reines par UTH, 100 en médiane (reines vierges ou fécondées). Ils peuvent choisir d’introduire des reines vierges dans leurs nouveaux essaims, alors fécondées en ruchettes, et peuvent compléter leurs besoins en produisant des cellules royales. Ils renouvellent au moins la moitié de leurs reines chaque année (Figure 14).

Groupe 5 : Les éleveurs vendeurs de produits d’élevage sont spécialisés en élevage. La vente de produit d’élevage constitue leur première source de revenu, c’est-à-dire que le chiffre d’affaires lié à l’élevage représente au moins 50 % du chiffre d’affaires total de l’exploitation. La qualité génétique de leur cheptel constitue un enjeu majeur pour la vente de leurs produits d’élevage. Leurs charges d’élevage sont principalement liées à l’éventuel nourrissement des colonies, et à l’achat d’équipements spécifiques.

Il semble que les apiculteurs produisant des cellules royales ont des charges d’élevage moins élevées que celles qui produisent des reines. Les exploitations qui produisent de la gelée royale produisent généralement leurs reines ou cellules royales.

La figure 13 ci-dessous présente la répartition de 65 exploitations du réseau en fonction de leur stratégie d’élevage. La figure 14 montre la diversité des productions dans les différents groupes, par l’intermédiaire du nombre d’essaims, de cellules royales, de reines vierges, et de reines fécondées produites par UTH. Le nombre d’apiculteurs par groupe produisant chaque produit est indiqué sous les box.

Figure 13 : Répartition des exploitations du réseau selon leurs pratiques d'élevage (n=65)
Figure 13 : Répartition des exploitations du réseau selon leurs pratiques d’élevage (n=65)
Figure 14 : Résumé de la production des apiculteurs du réseau selon leur stratégie d’élevage (Nombre d'unités produites par UTH). Le nombre d’apiculteurs produisant chaque type de produit d’élevage est indiqué sous les box correspondants. (n=65).
Figure 14 : Résumé de la production des apiculteurs du réseau selon leur stratégie d’élevage (Nombre d’unités produites par UTH). Le nombre d’apiculteurs produisant chaque type de produit d’élevage est indiqué sous les box correspondants. (n=65).

Certains éléments pourront être approfondis lors de l’élaboration de cas-types comme le lien entre les pratiques d’élevage et le nourrissement des colonies, et le temps passé à l’élevage, pour aboutir au calcul du coût de production des essaims et des reines selon les stratégies choisies.

Notes :

[1] L’élevage désigne ici les pratiques de renouvellement du cheptel (incluant l’achat de colonies, d’essaims, de reines ou cellules royales) ainsi que la production d’essaims, reines, ou cellules royales pour la vente.

[2] Les produits d’élevage regroupent les colonies de production, les essaims sur cadres ou les essaims nus, ainsi que les cellules royales et les reines.

[3] Les pertes hivernales englobent les colonies mortes au cours de l’hiver ainsi que les colonies considérées comme « non valeurs» (terme regroupant les colonies très faibles, les colonies malades, et les colonies bourdonneuses et orphelines.) à la sortie d’hivernage (Vallon, 2015).

[4]Ce chiffre comprend les colonies mortes ou détruites pour raisons sanitaires, par intoxication, ou à cause d’évènements exceptionnels.

[5] La variation de cheptel est calculée par : Variation (en %)=100×(Nombre de col.hivernées (année n)-Nombre de col.hivernées (année n-1))/(Nombre de colonies hivernées (année n-1) )

[6] La qualité du cheptel est évaluée par chaque apiculteur selon les caractères recherchés comme la production de miel ou autres produits, la douceur des abeilles, leur tenue au cadre, la propension à l’essaimage, le comportement hygiénique, la résistance au varroa et aux autres maladies, la qualité d’hivernage, l’autonomie alimentaire (en saison et en hivernage), le développement au printemps, mais aussi sur d’autres caractères en fonction des besoins (durée de vie, caractères morphologiques…) (Büchler, et al., 2013).

[7] Un équivalent reine correspond à une colonie, un essaim, une reine, ou une cellule royale.

[8] On considère une technique comme majoritaire lorsqu’elle concerne au moins 55 % des essaims de l’année.

[9] Deux exploitations sont sans données.

[10] En ne considérant que les techniques fournissant au moins 20 % des nouveaux essaims de l’exploitation.

[11] Une reine est considérée comme viable lorsqu’elle est en ponte après trois mois dans une colonie.

[12]Les charges d’élevage comprennent les charges d’achat de reines ou colonies, la cire, les produits de nourrissement, ainsi que le petit équipement d’élevage

[13] 17 exploitations ont dû être écartées du fait de l’absence de données de production chiffrées

Références

Audit Protéis. (2012). Audit économique de la filière apicole fançaise.

Büchler, R., Andonov, S., Bienefeld, K., Costa, C., Hatjina, F., Kezic, N., . . . Wilde, J. (2013). Standard methods for rearing and selection of Apis mellifera queens. Journal of Apicultural

Research, 52, pp. 1-30. doi:10.3896/IBRA.1.52.1.07

Chiron, J., & Hattenberger, A.-M. (2008). Mortalités, effondrements et affaiblissements des colonies d’abeilles. Entomology Papers from Other sources(3). Récupéré sur http://digitalcommons.unl.edu/entomologyother/3

MAAF. (2013). Plan de développement durable de l’apiculture.

Vallon, J. (2015). Évaluer et comprendre les pertes hivernales. Résultats de l’observatoire des pertes hivernales de cheptel en France (enquête COLOSS 2015).

Dernière mise à jour

2017-06-09 19:21:11

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